Vingt mille dangers sous les mers

La frégate Primauguet a pour but de mener la vie dure aux flottes sous-marines. Mais la vie à bord n’est pas non plus de tout repos pour les marins. Immersion.

Bienvenue à bord du Primauguet

Les plaques des vingt communes du Pays d’Iroise, marraines du Primauguet, couvrent les murs des coursives. Plus loin est accroché le portrait d’Hervé de Portzmoguer, dit Primauguet, commandant du navire La Cordelière attaqué en 1512 lors d’une bataille perdue avec panache par la France face aux Anglais. C’est à ce héros malheureux que le Primauguet doit son nom, comme ce fut le cas pour un croiseur de la Seconde Guerre mondiale.

 

Arnaud Provost-Fleury: « Tous les trois mois, l'équipage entretient le moteur, qui compte 45 000 heures de fonctionnement »
Arnaud Provost-Fleury: « Tous les trois mois, l’équipage entretient le moteur, qui compte 45 000 heures de fonctionnement »

Le mastodonte de 4 700 tonnes est à quai pour réparations. « Pour faire fonctionner cet objet, il faut l’entretenir souvent », souligne le capitaine de vaisseau Arnaud Provost-Fleury, commandant du Primauguet. « Tous les trois mois, l’équipage entretient le moteur, qui compte 45 000 heures de fonctionnement » poursuit-il. La frégate anti-sous-marine (FASM) est de retour de mission dans l’Océan Indien. Là-bas, pas de sous-marin, mais une zone endémique de la piraterie. « Nous n’avons subi aucune attaque », raconte le commandant. « Comme la mer était mauvaise, les pirates, à bord de petits bateaux, n’ont pas pu embarquer », explique-t-il. Durant ces trois mois de mer, des escales ont lieu tous les dix jours, durant lesquelles des excursions sont organisées, « comme des balades à dos d’éléphants », témoigne Benoît Crétal, commissaire de bord du Primauguet. « On essaye de courir aussi, poursuit-il. Mais il est difficile de ne pas prendre de poids lors des départs en mission. »

Yeux lynx et un poisson

Le "poisson" du PrimauguetLe Primauguet peut également intervenir dans la lutte contre le terrorisme, le trafic d’armes ou de stupéfiants. Il fut par ailleurs déployé en 2003, dans l’Océan Indien, une fois n’est pas coutume, dans le cadre de la contribution française à l’intervention alliée en Afghanistan. Mais la mission initiale de la frégate, sans oublier son rôle d’escorteur et de protecteur vis-à-vis des groupes aéronavals (groupes de combat naval articulés autour d’un porte-avions, NDLR) et des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), est la lutte anti-sous-marine. Le Primauguet est doté pour cela d’un « poisson », c’est-à-dire un sonar, « la raison d’être d’une frégate anti-sous-marine » dixit le maître principal Le Leuch, du Centre d’information et de Recrutement des Forces Armées (CIRFA) de Brest. Une fois immergé, il émet des ondes dépendantes de plusieurs facteurs exogènes au bateau, à savoir l’état de la mer, sa salinité, l’état du fond (vase, rocher). Le son émis par le sonar rencontre un obstacle et revient sur le bateau. C’est alors au tour de l’équipage de calculer sa vitesse et sa route afin d’identifier l’objet trouvé. Les capacités de lutte et de détection de la frégate Primauguet sont renforcées par ses deux hélicoptères Lynx, de type anti-sous-marin, opérables simultanément et posés à une trentaine de mètres au-dessus de la mer.

Un monde ouvert à la gent féminine

Les commandesParmi ces 240 marins au service de la lutte anti-sous-marine à bord du Primauguet, 10 % sont des femmes. Le commandant, ou le « Pacha », comme aime sympathiquement à l’appeler l’équipage, s’en enorgueillit : « Contrairement aux SNLE, des carrés spécialement dédiés aux femmes ont été aménagés. Nous avons modifié les bateaux pour accueillir des femmes. » Autre point de fierté du commandant : « Nous avons à bord une représentation complète de la société française ». D’où « une impression d’un système de castes » selon Benoît Crétal. En témoigne ce carré de détente réservé aux officiers, où les livres côtoient la Wii, la nouvelle console de jeu.

La cuisine du Primauguet

Ce qui réunit l’ensemble de l’équipage, au-delà du travail, c’est le sport. Qu’il s’agisse de pédaler sur un vélo d’appartement ou de ramer sur un ergomètre, nombreux sont ceux qui souhaitent parfaire, « avec les moyens du bord », leur condition physique. Le rythme quotidien de ces hommes et de ces femmes est réglé par le chef de quart, le référent du commandant. En mode lent, l’embarcation flotte à 15 nœuds. Les turbines à gaz permettent de passer au mode rapide : 30 nœuds, soit 54 km/h. Une impression de lenteur pour les routiers, mais une vitesse à faire pâlir les contemporains d’Hervé de Portzmoguer !