Une promesse en public et en musique

Dans sa course à la modernité, l’Inde n’en oublie pas pour autant ses traditions. Pour ce peuple aux valeurs très familiales, des fêtes telles que le mariage ont une grande importance. Les fiançailles qui l’annoncent s’organisent également selon certains rituels bien codifiés.

Environ 200 personnes remplissent la grande salle que Visha et Krishma ont louée pour l’occasion. Ils ont invité leurs familles respectives entières et leurs amis. Les jeunes ont laissé leurs jeans pour des tenues plus traditionnelles, telles que le sari ou le salvar kamish, composé d’un pantalon et d’une tunique en tissu très fin. Les femmes portent beaucoup de bijoux, mais c’est bien sûr la fiancée qui scintille le plus, sur l’estrade. Appelés au micro, les parents proches puis éloignés, vont saluer le couple à tour de rôle, en commençant par la famille du fiancé. De nombreuses photos immortaliseront ces présentations. Menka, amie de la fiancée, confie qu’elle trouve cette partie de la cérémonie, la plus longue, « un peu ennuyeuse ».
La vraie fête commence ensuite, avec une danse par laquelle les fiancés expriment leur demande en mariage. Les invités les accompagnent, les encouragent en tapant des mains. L’estrade est bientôt remplie de personnes aux vêtements colorés, qui chantent et dansent autour des futurs mariés sur une musique traditionnelle.
La demande est suivie de l’échange des anneaux de fiançailles. Là encore, les photographes s’en donnent à cœur joie. Les fiancés ne s’embrassent pas : en Inde, cela ne se fait pas en public.
Des serveurs amènent ensuite les gâteaux, qui seront goûtés par le couple de manière particulière, chacun portant la cuillère à la bouche de l’autre, toujours accompagnés des encouragements des convives.
La cérémonie se termine par un repas sous forme de buffet, dans une autre salle. Les invités se servent eux-mêmes, mais des domestiques proposent boissons et nourriture : les fiancés appartiennent à une classe aisée. Une table décorée attend le couple et leurs familles proches, tandis que les autres s’assoient autour de tables plus petites. Les deux tourtereaux sont désormais engagés l’un envers l’autre, même si cet engagement, contrairement au mariage, peut être rompu (ce qui est rare).
Visha et Krishma se marieront bientôt, dans six mois, ou un an au plus tard. Pour connaître le moment propice, les familles s’adressent généralement à un pandit (savant indien) qui leur indique une date qui portera bonheur. Mais dans les villes, il arrive de plus en plus souvent que les jeunes déterminent eux-mêmes quand célébrer leur union.
Impossible pour les amoureux de vivre ensemble avant le grand jour : en Inde, il est très mal vu de partager un logement sans être mariés, sauf peut-être pour les acteurs de Bollywood, ou les jeunes partis vivre à l’étranger. Certains le font cependant en cachette.
Dans le cas de Visha et Krishma, il s’agira bien d’un mariage d’amour, bien que beaucoup de jeunes couples se rencontrent encore de manière arrangée. Une liberté dont ont bénéficié les deux tourtereaux, et qui montre, une fois de plus, que les mentalités évoluent.