Une foire folklorique subsiste à la foire commerciale

Ouvrage "La Foire de la Balme"-Collection Robert MICHELIN
Collection Robert MICHELIN

Robert Michelin, a écrit parmi ces nombreux ouvrages, un en 1983 (des éditions Bernabat) intitulé « La Foire de la Balme », retraçant l’évolution de la foire de la Balme depuis sa création en 1645 par Louis de la Balme. Son ouvrage de 220 pages, illustré a eu un succès fou. Il se retrouve, aujourd’hui, partout dans le monde : en Europe, aux États-Unis, au Japon, en Chine, en Australie, etc. Pour les plus chanceux, il est possible de le trouver quelquefois sur Internet. Rencontre avec cet écrivain qui raconte l’histoire de la Foire de la Balme.

Voir l’article sur la Foire de la Balme 2013 : La 369e Foire de la Balme !

« J’ai mis 5 ans pour écrire cet ouvrage. J’ai fait des recherches dans les archives de Saône-et-Loire, de Côte d’Or, du Jura, que ce soit des archives notariales ou communales. Je travaille essentiellement sur des archives pures et non dans des bibliothèques ou sur Internet. Je recherche des sources certaines » confie Robert Michelin.

Crée en 1645 par Louis de la Balme

De 1636 à 1645, la guerre dite de 10 ans (qui a duré 30 ans en réalité) a ravagé une bonne partie de la Bresse. Cette guerre opposait les Français (sur le territoire de

Plan de la Foire de la Balme en 1722- Collection Robert MICHELIN
Plan de la Foire de la Balme en 1722- Collection Robert MICHELIN

bourgogne), aux Espagnoles (sur le territoire de Franche-Comté). Bouhans était situé à la frontière française de cette guerre. À la fin de cette dernière, Louis de la Balme, membre d’une famille seigneuriale du Bugey décida de créer une foire (le lendemain de la St Louis) pour relancer la vente de marchandises. Le jour de la Saint-Louis, une fête était déjà mise en place à la Chapelle St Louis à Bouhans pour rassembler les troupes militaires et présenter leurs armes. Louis de la Balme a choisi le lendemain pour instaurer sa foire, par mesure de sécurité, car les militaires déjà sur le terrain pouvaient surveiller les marchandises.

 

Etienne Marie de Scorailles. 18e marquis de Scorailles- Collection Robert MICHELIN
Etienne Marie de Scorailles. 18e marquis de Scorailles, le membre le plus éminent de la famille des Scorailles, branche de la Balme- Collection Robert MICHELIN

À l’origine, c’était une foire aux tissus

La foire était dans un premier temps une grande foire aux tissus. Bouhans a également été choisi pour sa position commerciale avantageuse, située sur la route du sel et sur une route militaire, lieu de passage important qui s’est révélé un élément favorable au commerce.

Louis de la Balme épousa quelque temps après, Mme de Fontanges, maitresse de Louis XIV et membre de la famille des Scorailles. Cette dernière par ses fréquentations notamment avec Louis XIV, a obtenu le droit de créer un bureau de douane à Sens-sur-Seille pour faciliter le commerce. En plus de cela, les Scorailles ont obtenu un autre privilège : les marchands payaient une taxe seulement sur les ventes et non sur les marchandises. Grâce à ces deux facteurs, la foire a pu se développer davantage. Un règlement de la foire a été crée en 1722.

En 1770, de nombreux fraudeurs notamment dans le sel et dans le trafic de chevaux étaient recherchés. Le climat de violence s’installa sur la Foire, ce qui a rendu le commerce difficile. La douane était soupçonnée de trafic, tous les marchands étaient contrôlés. La famille des Scorailles mit fin à ces contrôles en intervenant directement avec les autorités à Paris.

Le commerce reprend, la Foire se développe et ne cesse d’attirer de nouveaux marchands et clients. On compte 350 marchands, et cela pendant une semaine entière. Puis elle se heurte à un problème lors de l’apparition du calendrier républicain, où les dates ont changé. Les gens se trompaient de jour, les acheteurs ne venaient pas au même moment que les marchands. La foire a failli être arrêtée.

En 1880, la commune devient propriétaire de la foire

En 1820, la Balme fut rachetée par un banquier négociant chalonnais. Puis en 1880, la commune est devenue propriétaire de la foire. Le déclin de la Foire a commencé en

Marché aux chevaux- Collection Robert MICHELIN
Marché aux chevaux, 1974- Collection Robert MICHELIN

1850, moment où les commerces sédentaires se créent dans les chefs lieux et cantons, la foire ne devenait plus nécessaire, car on pouvait faire des achats toute l’année. Puis un autre facteur est entré en compte entre 1850 et 1900 : toutes les communes voulaient avoir leur foire, la concurrence devenait rude. La foire a perdu progressivement ses gros marchés comme le blé.

Entre les 2 guerres mondiales, elle est devenue une très grande foire aux chevaux, avec plus d’un millier de chevaux. Cette foire se déclina avec l’arrivée des tracteurs. En 1960, on ne comptait plus que 50 marchands.

Mr Paget, maire à cette époque a décidé d’instaurer la foire le dernier week-end août pour attirer plus de monde et non le jour du 25 août qui tombe parfois en semaine, difficile pour les jeunes et les clients de s’y rendre. La foire a été relancée et était déclarée 3e foire rurale de France après Beaucroissant et Longwic. La Balme comptait 450 marchands.

Aujourd’hui, la plus grande foire commercialement de Bresse

Jeu de Gobiotte- Collection Robert MICHELIN
Jeu de Gobiotte, 1979- Collection Robert MICHELIN

La foire aujourd’hui est la foire la plus importante de Bresse. Son ambiance a quelque peu changé. Avant 1980, on pouvait jouer à la Gobiotte (sorte de roulette, où l’on misait de l’argent, interdit à cause des bagarres par le Sous-Préfet de Louhans), au jeu de rabat ou de la quille. On pouvait voir des pièces de théâtre, des jongleurs, des cracheurs de feu ou le cirque Muller… « La foire a perdu son sens

commercial. Elle est devenue folklorique. On y vient plus pour se retrouver que pour acheter. Ce n’est pas seulement une foire commerciale, mais la Mecque de la Bresse, comme une sorte de pèlerinage, de rituel. Mais il y a toujours un intérêt commercial, car les exposants viennent de partout en France, s’ils ne gagnaient pas d’argent ils ne viendraient pas » affirme Robert Michelin.

Anecdote

Marché aux bestiaux- Collection Robert MICHELIN
Marché aux bestiaux, 1979- Collection Robert MICHELIN

Pendant les années 60 et 70, on se rendait à la foire pour manger du melon. Les melons, mûrs autour du 15 août, étaient commercialisés sur la foire de la Balme. On n’en

Manège dit "Mur de la mort"-Collection Robert MICHELIN
Manège dit « Mur de la mort », 1979-Collection Robert MICHELIN

trouvait pas ailleurs à cette époque de l’année. Pour faire peur aux enfants et les empêcher de venir à la foire afin d’ être plus tranquilles, leurs parents leur racontaient que s’ils venaient à la foire, ils seraient obligés d’embrasser la mère Melon sur les fesses (mère Melon, bien évidemment, fictive).

Depuis, la tradition perdure, le repas officiel de la Balme (servi au maire, invités et bénévoles) commence toujours par du melon.