« Une découverte réciproque »

Du côté des entreprises, Laurence Parisot, présidente du MEDEF, souligne la
nécessité de tisser les liens entre scolaires et salariés.
C’est, pour elle, une voie pour résorber le chômage chez les jeunesTypo : La semaine école-entreprise vise, en partie, à réhabiliter l’image que les jeunes ont de l’entreprise. Quelle est la raison première qui vous a poussé à lancer cette action, qui fête ses 11 ans ?

Laurence Parisot : Nous nous étions rendus compte que l’image que les enseignants et les lycéens avaient de l’entreprise était bien souvent erronée voire caricaturée car les passerelles entre le monde de l’éducation et celui de l’entreprise étaient trop peu développées. Cette méconnaissance, voire cette méfiance, étaient préjudiciables pour préparer au mieux l’avenir des jeunes générations et aider les élèves à se projeter dans leur future vie professionnelle. Alors, il y a 11 ans, le MEDEF et le Ministère de l’Éducation nationale ont créé la Semaine École Entreprise, dans une volonté partagée de donner aux élèves une connaissance plus fine de ce que peut être le monde de l’entreprise et de ses métiers. N’oublions pas que le monde de l’entreprise représente plus de 80 % de la population active en France. S’ils ne font pas de stage pendant leurs études ou ne réalisent pas leur formation en alternance, les jeunes diplômés ne découvrent cet univers qu’au moment où ils entrent dans la vie active. Avec la Semaine École Entreprise de très nombreuses initiatives se sont développées partout sur le territoire : visites de site, mini-entreprises, opérations « les Boss invitent les profs », etc. Des milliers d’élèves de collège ont été ainsi en contact avec les acteurs économiques locaux. Grâce à des professeurs volontaires nous avons mis en place les conditions d’un dialogue respectueux et propice à une découverte réciproque.

 

Typo : Dès le collège, les jeunes doivent faire un stage d’observation au sein d’une entreprise. Pour autant, de mon expérience personnelle, j’ai pu observer que le seul bénéfice que les élèves tiraient était la semaine vaquée de cours… Ne pensez-vous pas qu’il faille renouveler le modèle de communication entre jeunes et entreprises ?

L.P : Depuis la rentrée 2005, un stage d’observation en milieu professionnel est effectivement obligatoire pour tous les élèves des classes de troisième et personnellement je trouve cela très utile ! Bien sûr, une seule semaine ne va pas bouleverser l’avenir de l’élève mais la somme des effets induits et attendus de cette séquence d’observation est très importante… à condition que chacun joue le jeu ! Une semaine en entreprise, même à 14 ans, ce n’est pas du tout une semaine de vacances. Ce sont cinq jours de premier contact, cinq jours pour valider des aptitudes qui pourront être utiles tout au long de la vie d’un adulte en situation de travail et d’un citoyen : la capacité à entrer en relation avec des personnes que l’on ne connaît pas, la capacité d’expression orale et écrite, la curiosité, le questionnement, la déduction, l’adaptabilité à des situations nouvelles. Pour en maximiser les retombées, il est important que ce stage découverte en entreprise soit pleinement intégré au déroulé de la classe de troisième et que les professeurs puissent sensibiliser à cette occasion les élèves à leur environnement technologique, économique et professionnel, autant de repères qui concourent à une réflexion plus globale sur l’orientation dans le cadre du parcours de découverte des métiers et des formations.

 

Typo : Un taux de chômage élevé, une colère à peine dissimulée contre les autorités et cristallisée notamment par les événements contre le CPE… les jeunes se sentent de plus en plus exclus du milieu professionnel. De plus, leurs diplômes ne leur assurent plus un niveau d’emploi pour lequel ils ont pourtant les compétences, et ils sont les premières victimes des politiques de « flexibilité » des entreprises. Quelle est votre réponse à leurs inquiétudes ? Comment réagissez-vous quand ils pensent que ce sont les entreprises qui ne les aident pas et non eux qui sont réticents à ce milieu-là ?
L.P : Il y a un problème général d’emploi en France et un problème d’emploi des jeunes en particulier, c’est vrai. Le seul vrai remède passera par la création des conditions d’une meilleure croissance économique en France afin que les entreprises puissent grandir et embaucher durablement. La croissance ne se décrète pas, elle se construit ! C’est le sens de toutes nos propositions économiques, sociales et fiscales, au Medef. Concernant l’emploi des jeunes, j’ai l’intention de proposer aux partenaires sociaux de lancer rapidement une délibération sociale car il y a urgence, tous les chefs d’entreprise en sont conscients. Il existe déjà des solutions, il y a des voies d’insertion professionnelle qui ont fait leur preuve et qui demeurent, même en période de crise, performantes en matière d’accès à l’emploi. Ainsi, tous niveaux de diplômes confondus, les formations par la voie de l’apprentissage sont toujours de très bons tremplins pour réussir son entrée dans le marché du travail, parce qu’elles permettent de se préparer aux attentes des entreprises tout au long du cycle de formation. Les jeunes appréhendent ainsi progressivement avec de vrais atouts et une plus grande confiance, le marché de l’emploi. Les entreprises de leur côté accueillent des jeunes qu’elles connaissent, qu’elles ont pu former à leurs métiers, leur environnement, leurs spécificités.

Cette tendance aux études suivies par la voie de l’alternance est maintenant en passe de se banaliser dans l’enseignement supérieur. Fort de ce constat et parce que c’est aussi le devoir citoyen de l’entreprise, le MEDEF mène depuis plusieurs années des campagnes de mobilisation en faveur de l’accueil des jeunes en formation par l’alternance. Les entreprises qui signent des contrats d’apprentissage ou de professionnalisation avec les jeunes s’engagent et deviennent des acteurs de la formation et de l’insertion. On ne le dit pas assez mais l’entreprise assume pleinement par ce biais son rôle sur la question de l’insertion des jeunes dans le monde du travail. En 2009-2010, 420 000 jeunes, du lycée à l’enseignement supérieur, étaient accueillis en entreprise sous contrat d’apprentissage et 180 000 en contrat de professionnalisation.

 

Typo : Les jeunes ont leur emploi à cœur. On l’a bien vu ces temps-ci avec les grèves qui ont paralysé le pays tout entier. Même les lycéens s’y sont mis. Pour stabiliser leur statut et leur assurer un horizon un peu plus clair, Dominique de Villepin avait lancé l’idée du CPE, avec le succès que l’on connaît. Aujourd’hui, qu’en est-il des politiques gouvernementales pour l’insertion des jeunes dans l’entreprise ? Comment le MEDEF s’implique-t-il dans ce débat d’idées ?
L.P : Le Medef n’a jamais soutenu le CPE parce qu’il faisait porter l’effort de flexibilité pourtant nécessaire à une entreprise uniquement sur les jeunes, ce qui ne nous paraissait pas « équitable ». Je pense utile de le souligner car notre positionnement était pour le moins atypique dans l’environnement patronal et il montre tout l’intérêt que nous portons aux nouvelles générations. Je crois pouvoir dire d’ailleurs que c’est l’un de mes plus grands axes d’engagement à la tête du Medef. De façon très pragmatique, en arrivant à la Présidence du MEDEF, j’ai engagé de grands chantiers pour construire et consolider les passerelles entre l’entreprise et le monde de l’enseignement secondaire et supérieur. J’ai par exemple lancé le Tour de France de la DP3, pour promouvoir dans les collèges la mise en place de l’option de « découverte professionnelle 3 heures ». En coopération avec les établissements scolaires, nous encourageons les entreprises à s’impliquer dans le parcours de découverte des métiers et des formations. Ainsi, de plus en plus de responsables d’entreprises s’engagent dans le quotidien des élèves pour leur apporter les éléments nécessaires pour éclairer leur choix d’orientation à court ou à long termes. Dans l’enseignement supérieur, les Bureaux d’aide à l’insertion professionnelle des universités tissent, depuis la mise en œuvre de la loi LRU des liens étroits et systématiques avec les entreprises.
Le MEDEF est complètement partie prenante de ces rapprochements et conventionne avec les universités pour les ancrer dans des pratiques régulières. La convention-cadre que nous venons de signer avec la Conférence des Présidents d’Université s’inscrit dans cette perspective de renforcer les partenariats entre universités et entreprises.
Nous avons aussi beaucoup œuvré pour supprimer l’usage abusif des stages afin que les jeunes étudiants puissent bénéficier de stages constructifs dans le cadre de leurs parcours d’études. Ainsi, avant même l’installation du Comité STAPRO (Stages et Professionnalisation) en 2007, le MEDEF a participé à toutes les discussions et concertations visant à faire du stage dûment encadré, un levier de l’insertion professionnelle. Le MEDEF a ainsi été à l’origine de la Charte des stages en 2006 et il s’est engagé pour que la gratification minimale des stagiaires, prévue initialement pour les stages de plus de trois mois, soit obligatoire pour tous les stages de deux mois et plus.

Plus nous serons nombreux à proposer des solutions concernant la négociation sur l’emploi des jeunes qui doit s’ouvrir en 2011, plus elles auront des chances de voir le jour. C’est un enjeu social majeur pour les années qui viennent.

 

Typo : Qu’attendez-vous de cette opération Semaine École entreprise ? Ne serait-ce pas un moyen de dissimuler l’essence du problème : un emploi ?
L.P : L’emploi est ce vers quoi tout converge à terme et c’est entre autres pour que cette convergence se fasse le plus naturellement possible, que la SEE existe et connaît un tel développement.
Il ne faut plus que les jeunes arrivent dans un emploi par hasard, parce que c’est souvent dans ces conditions que leur adaptation est la plus difficile. Vu de l’extérieur, l’exercice d’une profession relève souvent d’une intuition et pas suffisamment d’une compréhension objective. Les risques de déception sont alors d’autant plus grands. En contribuant à l’ouverture régulière et progressive des élèves sur le monde du travail, l’entrée dans l’emploi est facilitée. Dans beaucoup de pays européens c’est une pratique courante et appréciée. Je crois qu’en mettant plus de simplicité dans la rencontre entre ces différents acteurs et en organisant cette rencontre bien en amont du moment décisif où le jeune entre sur le marché du travail, alors l’adaptation du jeune à l’entreprise (et réciproquement) sera d’autant plus naturelle.

 

 Depuis 1?990, Laurence Parisot dirige l’institut de sondages IFOP. En 2?002, elle entre au conseil exécutif du MEDEF (Mouvement des Entreprises DE France). Elle est élue présidente du MEDEF en 2?005, succédant à Ernest-Antoine Seillière. Elle a été réélue, pour 3 ans, en juillet?2?010.