Une autre histoire de violence***

Exemple de film noir intriguant mais qui ne pousse pas assez loin sa prospection sociétale. Toni Servillo donne corps à lui tout seul à cette chronique familiale.

La fuite est-elle un acte lâche ou courageux ? Dans le cas de Rosario Russo, la question mérite d’être posée. Un peu comme dans A History of Violence, ce restaurateur italien expatrié en Allemagne cherche faire oublier son passé de mafieux. Il le fait pour protéger sa famille restée en Italie. Une vie tranquille fait de son héros un gentil patron de restaurant. Une bête blessée toujours féroce s’il s’agit de mordre. Mais là où Cronenberg en profitait pour secouer l’ensemble du modèle américain, Claudio Cupellini se contente d’y broder une intrigue de film noir très classique. Le premier fils vient le retrouver, les affaires tournent mal, le proche entourage se demande pourquoi tant de mystères.

Une vie tranquille, de Claudio Cupellini, avec Toni Servillo, Marco d’Amore, Francesco di Leva (It., 1h45, 2011) – sortie le 3 août 2011

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[note:3] Il devient nécessaire de s’émanciper du modèle Cronenberg pour apprécier. Ne serait-ce que parce que le film italien à une force évocatrice propre. De plus, son déroulement travaille un rythme singulier. Si le film fait moins de deux heures, sa lente progression donne presque des allures de série. Claudio Cupellini s’efforce de laisser les choses évoluer sans précipitation. Ainsi, on voit le restaurant tourner, le père et le fils tenter un rapprochement. Quand le second enfant du restaurateur entre dans la danse, le drame familial tend à se compliquer. Dommage que le cinéaste ne pousse pas plus loin l’idée. Ce qui l’intéresse, c’est de voir comment Rosario va réagir.

 

Lui qui a fuit il y a quinze ans peut-il faire face à un passé qui le rattrape ? La réponse apportée n’a rien de bien originale mais véhicule une tension efficace. Reste que les seconds rôles en pâtissent petit à petit. Notamment, la jolie serveuse Doris qui a l’air un temps d’avoir une place centrale. Rosario se positionne comme un simple rouage familial. Le restaurant tourne sans lui, sa famille aussi. Toni Servillo, acteur fétiche de Sorrentino et comédien de théâtre, joue bien ce père de famille prêt à sortir ses griffes. Sa tendance à grimacer marque un peu trop son visage de rides qui confère par moments au gimmick. Il porte à bout de bras le film sans mal. Reste une interrogation : pourquoi ces quelques fioritures dans les mouvements de caméra ?  Sûrement armé d’un budget confortable, Cupellini se paie le luxe d’une grue monumentale pour un plan qui n’en a absolument pas besoin. Une nécessité de prouver son savoir-faire technique pas très en adéquation avec le héros de son histoire.

 

[note:3] Une vie tranquille, de Claudio Cupellini, avec Toni Servillo, Marco d’Amore, Francesco di Leva (It., 1h45, 2011 – sortie 3 août