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Un instant, une danse, un festival

La semaine du 18 au 22 novembre avait lieu à l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône le festival de danse Instance, rendez-vous de tous les amateurs de danse. La programmation faisait cette année la part belle aux créations françaises. Avec 9 spectacles à raison de 3 par jours, c’est 2 créations, 2 étapes de création, 2 premières françaises ainsi que 3 équipes françaises accueillies en résidence. Parmi ces spectacles il y a ceux que tout le monde attend et il y a les autres, les Ovnis du festival, c’est sur ces représentations que nous nous arrêterons un Instant.

Check Two

Florent Cruise Mahoukou, 2007Florent Mahoukou fait partie de la première génération de danseur contemporain du Congo Brazzaville. Il présentait à l’occasion du festival une étape de création « là où j’en suis » de son futur spectacle « Check Two ». Florent présente ce travail comme une réflexion personnelle sur son parcours, ses influences et par conséquent sur ce qu’il est aujourd’hui.
Son désir est de rentrer dans une expression purement performative, avec des temps d’improvisation et une liberté d’expression pour chacun des danseurs. « Je désire réinterroger mon écriture corporelle », explique Florent lors de l’échange avec le public à la fin de la représentation.
Retracer son passé, sans forcément l’expliquer, c’est le défi de Florent qui aborde dans ce spectacle des thèmes lourds comme la guerre au Congo « j’ai vécu la guerre, un génocide, ça m’a traumatisé, et c’est la danse qui m’a permis de retourner à Brazza (capitale politique et administrative de la République du Congo – NDLR) ».
C’est ce que l’on ressent au travers de sa danse qui nous explique l’homme qu’il est, « je ne connais pas la danse traditionnelle, mais cela fait quand même partie de mon identité », dit-il en expliquant la symbolique d’un élément du spectacle. À mi-chemin entre le monde contemporain apporter par l’industrie européenne ( en Afrique notamment ) et le monde traditionnel, on peut dire que Florent est un homme moderne ancré dans son époque et qui comme nous tous s’interroge sur ce qu’il était et ce qu’il est, afin de trouver celui qu’il sera.
C’est dans le partenariat avec Alissa Shiraishi danseuse traditionnelle japonaise, mais aussi contemporaine que Florent trouve le dialogue. Elle-même entre deux mondes, c’est une autre réflexion qui s’installe le lien Japon- Congo, « j’ai été étonné de voir comment ses deux cultures se ressemblent, tant au niveau de la danse que des mots ».
Le tout est joué sur une musique en live et par un seul musicien qui prend part intégralement au spectacle. Le spectacle est accompagné par un jeu de lumière impressionnant. On peut dire que Check Two est à l’image du monde et de notre époque entre souvenir et identité.

La figure du gisant

nathalie pernetteChangement d’univers, c’est une compagnie française en résidence à Chalon qui présentait dans la rotonde de l’Espace des Arts l’étape de création de leur futur spectacle. Le travail de Nathalie Pernette la chorégraphe s’arrête sur la magie de l’immobilisme, fascinée par les statues. C’est pour elle un point de départ, ou comment passer de l’immobile au premier mouvement.
Dans une dimension scénique singulière, c’est une recherche d’ambiance, d’émotion. La figure du gisant, dans sa forme finale a pour vocation d’occuper des lieux particuliers afin de s’imprégner de ce qu’il dégage et de le sublimer, comme des églises, cimetière ou milieu urbain. En effet cette résidence se fait en collaboration avec l’abattoir et le festival Chalon dans la rue qui devrait accueillir la troupe cet été.
Les statues, l’immobilisme, c’est bien dans un monde inquiétant, angoissant, que nous emmène Nathalie, un monde entre deux mondes. Entre rêve et réalité, on ressent dans la mise en scène une attention particulière accordée à l’image. À l’aide d’artifices qui font s’échapper des costumes un léger manteau de fumée, c’est sans résistance que l’on se laisse embarquer. Une chorégraphie puissante renforcée par un habillage sonore réalisé en live ici également. C’est une expérience impressionnante qui nous attend une fois que cette création aura trouvé le lieu qui saura lui correspondre.

The Most Together We’ve Ever Been

Photo by Ben Welland.
Nous parlions D’OVNI, les voici, encore, encore, et encore, The Most Together We’ve Ever Been, dont la première française a lieu au festival Instance. En effet c’est un spectacle déroutant qui s’offre à nous dans cette performance puisque ce spectacle n’est qu’en fait qu’un éternel recommencement. Les deux artistes Ame Henderson, canadienne, et Matija Ferlin, croate, réalisent un va-et-vient permanent entre la sortie de la salle et la scène dans un début sans fin. Parfois burlesque, absurde, ou émouvant c’est une expérience en dehors de tout repère. À l’image de la scénographie qui s’apparente à un lieu de stockage où traînent de vieilles choses ou des choses inutiles, les deux personnages évoluent comme des automates cassés qui tournent en boucle et expérimentent l’art de commencer.
C’est dans cette dimension que l’on se voit à la fois intrigué et piégé, car commencer de nouveau n’est pas recommencer, chaque entrée est une surprise et l’on finit par penser que tout est possible désormais. Dans ce climat, il est amusant de voir le lien particulier qui se crée avec le public, c’est comme si au travers de leurs tentatives de début, les personnages recherchaient notre approbation, ou un quelconque signe. Frontière franchie puisque les acteurs en viennent à se mouvoir à nos côtés jusqu’à nous toucher.
The Most Together We’ve Ever Been est une expérience à part entière, à vivre et non à décrire.