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Un hymne au Souvenir

Sodade, de la compagnie Rouage. « Un fil qui se prend une rafale de vent ».
Au crépuscule lunaire, c’est une tornade d’émotions qui s’abat dans l’air quand les funambules bravent la hauteur.

sodale-5Les amitiés se font et se défont autour d’une table qui voltige, l’amour naît puis se ternit sur le fil. Un travail seul, à deux, à trois sur le fil où la confiance est essentielle, « où l’autre est tenu en équilibre » comme dans la vie. Les souvenirs restent gravés, emprunts à la mélancolie et à la joie de les avoir vécus. Les acrobaties s’enchainent tel un cœur qui palpite ; le tout porté par un texte parlé chanté. En espagnol comme en français les souvenirs s’entrechoquent comme les sons nostalgiques résonnent. On évoque les rires, la joie, les pleurs, les rides provoquées par le temps au gré de phrases comme « tirer sa révérence » « rencontrer » « s’en aller » ou encore « je reviendrai bientôt ». Des artistes de haute voltige qui évoluent sur le fil comme le voyage d’une vie.

Au départ, une chanson

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C’est au-dessus des nuages que la compagnie Rouage nous embarque. Le projet voit le jour sur l’initiative du funambule Aurélien Prost qui s’inspire de la chanson Saudade de Césaria Evora. Par « Saudade », la chanteuse créole conte un sentiment indescriptible, savant mélange de solitude, de nostalgie et d’espoir. Aurélien lui, ajoute dans sa définition l’amitié affirmant que « sans ami on n’est rien ». Il emprunte l’histoire d’un exilé de sa troupe. Une partie de lui est restée dans son pays d’origine, et il est épris d’une immense tristesse, mais heureux d’avoir construit sa vie comme cela.
Le défi est lancé : il s’agit de créer un agrès pouvant représenter l’ineffabilité de ce sentiment

« Les gens s’investissent avec nous »

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Oui, mais voilà, le budget est insuffisant et le temps manque. La troupe se lance alors non sans crainte dans le financement participatif afin de construire un fil tournant unique encadré de deux grandes roues. Sceptique au commencement, Aurélien s’étonne de voir que « les gens s’investissent avec nous ». L’intérêt des financeurs croît de jour en jour le fil unique prend vie après 5 mois de dur labeur.
Il s’agit alors d’apprivoiser cette nouvelle structure, et le travail promet d’être long. La première fois que les artistes foulent le fil en mouvement, ils déchantent rapidement : « Mais qu’est – ce qu’on a fait ? C’est hyper pète gueule ! ». Mais à force de persévérance, l’équilibre est trouvé, et le spectacle peut commencer.
La compagnie Rouage, adepte des chapiteaux pour la convivialité qu’ils offrent s’embarque sur la route des festivals. Même s’ils affectionnent la proximité permise avec le public entre les murs, l’espace que permet la rue les attire.
Finalement Sodade, c’est l’occasion de se remémorer les instants précieux de la vie, les étapes que nous traversons qui font de nous ce que nous sommes, nous interrogeant sur la place à accorder au passé.

Marylou Czaplicki

Tous les soirs à 21 h 30 aux anciennes sucreries