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Un festival, des BD, des élèves…un succès

L’association Festi’BD de Bourgogne présidé par Laurent Quatre a organisé, ce samedi et dimanche 17 et 18 janvier, la troisième édition de Festi’D bulles qui a eu lieu à St Rémy. Pour l’occasion, des auteurs de bandes dessinées se sont rendus dans quelques écoles de Chalon-sur-Saône et des alentours afin de partager leur passion et de découvrir les projets réalisés par les élèves dans le cadre du festival.

Les apprentis dessinateurs

C’est dans le cadre de Festi’D bulles que Laurent Quatre a proposé à différentes écoles de Chalon-sur-Saône et des alentours de réaliser des projets artistiques afin qu’ils soient exposés à l’intérieur du festival. Les jeunes enfants de l’école primaire Ruisseau Mauguet situé à St Rémy ont alors eu la chance de pouvoir découvrir le monde merveilleux de la bande dessinée. Les classes de CP et de CE1 ont réalisé des vignettes sur des feuilles A4. Les plus grands ont présenté une planche de six vignettes par groupe de deux. Ils ont voté différents thèmes sur lesquels s’appuyer pour leurs dessins. Parmi ceux-ci, on retrouve, les pompiers, l’Afrique, Cubitus, les voitures de courses et la musique. Pour la directrice de l’école, Nathalie Desmarais « C’est une expérience vraiment exceptionnelle pour les enfants, et une chance de découvrir à quel point il est difficile de créer une bande dessinée ». Ils ont commencé à réaliser leurs projets au mois de novembre pour établir les grandes lignes de leurs histoires et débuté leurs brouillons avec l’aide des enseignants. « Il a été beaucoup plus difficile pour eux d’inventer une histoire que de dessiner » nous confie Nathalie Desmarais. L’école primaire Lucie Aubrac de Taisey a elle aussi réalisé des projets avec ses élèves. Les CP se sont essayés aux onomatopées à l’intérieur de bulles de bandes dessinées réalisées par leurs soins. Les classes supérieures se sont inspirées des albums jeunesse de Vincent Wegner, auteurs de bandes dessinées. Ses albums destinés aux plus jeunes ne possédant pas de bulles, les enfants ont alors inventé les dialogues entre les personnages dans Sorcières et magiciens et Le bâton de la sorcière. Les CM2 ont choisi quant à eux, de créer une véritable bande dessinée avec l’aide de tablettes numériques ce qui a permis aux élèves de « s’améliorer en dessin comme en informatique » nous renseigne la directrice. Chaque école affiche les projets terminés des élèves en attendant la venue d’auteurs dans les salles de classe et le Festi’D bulles pour la remise des prix.

Quand les auteurs interviennent

L’école primaire Lucie Aubrac, a accueilli dans la journée du 16 janvier, Vincent Wegner, dessinateur de bandes dessinées, auteur et illustrateur de livres jeunesses ainsi que Michel Janvier, également dessinateur, illustrateur et coloriste de bandes dessinées. C’est donc dans le cadre du Festi’D bulles, qu’ils se sont rendus dans différentes classes afin de visualiser les travaux des élèves en prenant le temps de répondre à toutes leurs questions. Certaines classes ont travaillé sur les albums de Vincent Wegner où les personnages sont représentés seulement avec leurs ombres et sans dialogues. L’auteur a donc gentiment expliqué aux enfants ce qu’est une ombre en précisant que « le noir n’est pas une couleur et que ce n’est pas quelque chose d’effrayant dont il faut avoir peur ». Il a aussi fait travailler les classes de CP et de CE1 sur les mouvements des personnages et les expressions du visage. Il a demandé aux enfants de dessiner des bonshommes avec des traits simples « personnages en bâtons » afin qu’ils apprennent comment faire bouger leurs personnages par le biais d’actions simples comme « marcher, courir, escalader, sauter ». L’invité confie que « c’est ici que se trouve tout le challenge ». C’est au tour de la classe de CM1 de poser des questions à Vincent Wegner ce qui lui a permis d’évoquer les différents métiers de la bande dessinée ainsi que les étapes de sa réalisation. Michel Janvier est intervenu avec les CE2, CM1 et CM2 mélangés en une seule classe pour l’occasion. Comme Vincent Wegner, il a expliqué à ses petits spectateurs les différents métiers de la bande dessinée, sa réalisation jusqu’à son impression, ainsi que la construction et la décomposition d’un personnage. Il a pris le temps d’évoquer les différents codes graphiques tels que les différents plans, le placement des bulles et comment découper une histoire. Une fois la séance terminée, Michel Janvier, décrit « des enfants super-motivés et attentifs, ce qui n’est pas le cas de certaines classes rencontrées auparavant, c’est donc un véritable moment de plaisir, mais intense à la fois. Nous avons trouvé que les travaux réalisés étaient d’une très bonne qualité, avec des structures vraiment bien construites ». Le dessinateur de bande dessinée François Plisson s’est quant à lui rendu à l’école Ruisseau Mauguet. Il confie « avoir l’habitude d’intervenir auprès des enfants, car les festivals proposent régulièrement de se rendre dans des établissements scolaires ». Il présente aux élèves de CM1 les trois tomes de sa bande dessinée Tristan. Il développe tout ce qui tourne autour du monde de la bande dessinée. Pour finir, il montre aux enfants comment dessiner un oiseau, un humain et un dragon. À la sonnerie, le dessinateur semble content de sa séance et nous informe gentiment que « le contact se fait super-bien avec les enfants lors des interventions. Le fait de les faire participer en quelque sorte au festival permet de toucher beaucoup de familles et ainsi de faire découvrir un monde parfois inconnu ».

La parole aux enfants

« Je n’arriverai jamais à faire les mêmes dessins que lui » confie timidement Zoé, élève de CM1 de l’école Ruisseau Mauguet. Au début de la séance, le dessinateur François Plisson racontait à la classe qu’il avait commencé à dessiner à l’âge de trois ans. Il répondrait alors à Zoé « qu’il suffit de pratiquer, comme toute chose ». Comme le dessinateur, elle aussi adore dessiner depuis toute petite « j’ai commencé par de la peinture, mais moi je veux travailler dans un cirque plus tard ». Avec son camarade Mathéo, ils ont choisi le thème de Cubitus pour réaliser leur planche de six vignettes qu’ils ont intitulée « Noël en folie ! ». « Aujourd’hui, le monsieur nous a appris comment on fait pour fabriquer une bande dessinée et aussi comment mélanger le rouge, le bleu et le jaune pour faire d’autres couleurs » répondent ensemble les deux apprentis dessinateurs. Mathéo m’explique qu’il a « appris à faire des espaces entre les vignettes » durant la réalisation de leur travail. Mais le monde de la bande dessinée ne leur était pas inconnu « moi j’ai lu tous les Lucky Luck de mon papa » s’écrit joyeusement Zoé « et moi les Boule et Bill » répond Mathéo. Les tomes de Tristan présentés par le dessinateur ont su séduire notre écolière qui souhaite « les emprunter à la bibliothèque ». C’est avec le sourire aux lèvres qu’ils expriment leur satisfaction à l’égard de l’intervention de François Plisson et espèrent avec leur représentation de Cubitus « gagner le concours de la meilleure planche » samedi 17 janvier.

Et Charlie Hebdo ?

Suite à l’attentat terroriste perpétré contre le journal Charlie Hebdo, faisant douze morts, il a été difficile ne pas évoquer ce drame avec les dessinateurs. Ils se rejoignent tous autour des mêmes sentiments, de tristesse et d’amertume. Vincent Wegner évoque « une profession en deuil et une France qui a perdu ses plus grands caricaturistes ». Mais il soulève également une autre question, celle « du faux débat concernant l’union nationale ». Pour lui, « le fond du problème se trouve ailleurs, au sein même de la communauté musulmane. Il est en effet important que cette communauté réagisse et condamne violemment ces extrémistes ». Pour Michel Janvier, c’est encore plus dur, car il connaissait en personne un des dessinateurs tués lors de l’attentat « je n’ai pas pu travailler pendant cinq jours, mais le mieux était de s’y remettre le plus tôt possible ». Il a d’ailleurs organisé des débats avec des collégiens autour d’anciens numéros de Charlie Hebdo datant des années quatre-vingt, débats diffusés sur la radio France Bleue Creuse. Dans l’enceinte de ces deux établissements scolaires, peu de questions ont été posées par les enfants aux enseignants. La directrice de l’école Ruisseau Mauguet, Nathalie Desmarais, a choisi d’évoquer clairement le sujet dans chaque classe à partir du niveau CE2. Pour les plus petits, le sujet devait être évoqué seulement s’il y avait des questions de la part des élèves, mais ce ne fut pas le cas. Les bandes dessinées les ont décidément bien plus absorbés que l’actualité, et heureusement d’ailleurs !