Un fauteuil pour deux

Les bonnes comédies françaises se font rares. Intouchables tient le pari sur un sujet pourtant casse-gueule : la rencontre entre un jeune de banlieue et un aristocrate paraplégique.

Il y avait tout à craindre du projet Intouchables. Driss est un jeune homme de banlieue en réinsertion. Il se voit confier la tâche de devenir l’aide de vie de Philippe, paraplégique après un accident de parapente. Deux raisons à ces craintes : d’abord, c’est adapté de faits réels, ensuite parce que la rencontre de deux mondes est la porte ouverte à tous les clichés. C’était sans compter sur le sérieux du duo Toledano/ Nakache, honnêtes réalisateurs de comédies (Nos jours heureux, Tous ensemble). Le souci du détail permet à la comédie de ne pas se déliter au premier coup de vent. Un peu comme le mental de Philippe, Intouchables est un roseau. Il plie sous le coup de ses faiblesses mais ne rompt jamais pour rester en vie.

Sortie le 2 novembre 2011

Intouchables, d’Eric Toledano et Olivier Nakache, avec Omar Sy, François Cluzet, Anne le Ny (Fra., 1h52, 2011)

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[note:3] 

Si l’on excepte quelques passages trop écrits, la précision des dialogues offre à Omar Sy son plus beau rôle sur grand écran. Il porte en lui le vrai visage de la banlieue : une souffrance souterraine façonnée par le quotidien. Comme pour sa mère qui rentre la nuit de journées de travail harassantes. S’expose en face un monde de feuille d’or et de musique raffinée, souvent cloîtrés dans ses préjugés coincés du cul. Il y a dans ce discret portrait d’une même France un constat lucide mais jamais juge. La classe moyenne n’existe pas vraiment. Seuls vivent les pauvres et les riches à l’image. Un choix assez en accord avec la société d’aujourd’hui où les écarts de richesses se creusent, où la ségrégation sociale grignote du terrain. Car si l’histoire vraie date de quinze ans, le film la réactualise en 2011. Sans jamais être un grand discours, Intouchables gagne en crédibilité.

Et l’humour dans tout ça ? Génial. Driss ne se prive pas de blaguer sur le handicap de son employé et ami. C’est ce qui plaît à ce dernier. « Il n’a aucune pitié » prévient un proche. « C’est ce qui me plaît » rétorque Philippe. Peu de bons sentiments nianians, juste une belle rencontre. Ainsi, Driss sème les flics en voiture pour redonner un peu de sensations extrêmes à l’homme en fauteuil. Quand le jeune homme se retrouve à l’opéra, c’est un grand moment de drôlerie. Pareil quand ils se font découvrir leurs univers musicaux. Là où le duo Omar Sy/ François Cluzet est formidable, c’est qu’il ne joue pas la carte du conflit. Les proches freinent l’élan mais c’est le shoot de bonne humeur qui l’emporte.

Copains comme cochon, Philippe et Driss symbolisent ce que Ségolène Royal appelait un peu bêtement « fra-ter-ni-té ». Un mot ridiculisé mais très fort dans les actes. Driss redonne l’envie de séduire à son ami. L’un et l’autre s’émancipent de leur handicap physique ou social avec une légèreté comme rarement on en voit. Les quelques éraflures de style ne gâchent pas vraiment cette comédie populaire qui ose tout dans l’humour sans tomber dans le mauvais goût. Si Omar Sy trouve là un rôle écrit sur mesure, il ne faut pas oublier de louer le jeu de Cluzet. Il aurait pu plomber le film avec une tête d’enterrement ou le rendre irritable en cabotinant. C’était sans compter sur l’ancien protégé de Chabrol, toujours aussi subtil, même privé de sa liberté de mouvement. Le regard et les non-dits deviennent plus forts que de la paraphrase. Et c’est peut-être là, la plus grande réussite d’Intouchables.

Sortie le 2 novembre 2011

Intouchables, d’Eric Toledano et Olivier Nakache, avec Omar Sy, François Cluzet, Anne le Ny (Fra., 1h52, 2011)