Un espace de liberté à surveiller ?

Contraction de blogosphère marocaine, le terme « blogoma » désigne, depuis 2004, le groupe naissant des bloggeurs. En 2008, les « Maroc Blog Awards’08 », première consécration nationale, récompensent la communauté considérée comme une des plus dynamiques du Maghreb.

Le blog vétéran Larbi.org, lauréat des Maroc Blog Awards'08 affirme: « C'est une vraie révolution, car chacun y va librement de son commentaire sur des sujets aussi sensibles que la monarchie, l'islam, le Sahara. »
Le blog vétéran Larbi.org, lauréat des Maroc Blog Awards’08 affirme: « C’est une vraie révolution, car chacun y va librement de son commentaire sur des sujets aussi sensibles que la monarchie, l’islam, le Sahara. »

Internet et les blogs ont-ils ouvert au Maroc des espaces de liberté ? Oui, affirme le blog vétéran Larbi.org, lauréat des Maroc Blog Awards’08 : « C’est une vraie révolution, car chacun y va librement de son commentaire sur des sujets aussi sensibles que la monarchie, l’islam, le Sahara. » Tarik Essaadi, fondateur de « blog.ma », la première plateforme de blog gratuite du pays relativise : « L’importance des blogs au Maroc est un phénomène statistique. Il y a eu un mouvement, mais pas de continuité. » Les blogs critiques vis-à-vis des autorités seraient surtout le fait des expatriés : « Au Maroc, les gens ont du mal à exprimer leur individualité. Il n’y a pas de parole engagée. »

Tarik Essaadi regrette qu’on ne saisisse pas mieux les opportunités du web au Maroc : « Il y a un accès de plus en plus répandu à internet, mais l’utilisation se réduit au chat et au téléchargement. 70 % des internautes marocains n’ont jamais utilisé le navigateur web. » Selon lui, il existe un vrai défaut de formation qui arrange bien les autorités : « On donne l’illusion de la liberté en donnant accès à internet, mais vous trouvez des gens qui ne touchent pas au clavier avant la licence. » Confiant, il compte néanmoins sur la pression de la mondialisation qui devrait pousser la nouvelle génération à s’y mettre : « Cela va être excitant de surveiller l’évolution. »

Jeunes consultant le net dans la salle fermée du Cyberparc de MarrakechMais les autorités évoluent également. Si au début, elles ne prêtaient pas attention à Internet, selon Tarik Essaadi, les choses ont changé à cause de la forte présence de sites islamistes. Internet serait devenu un territoire à surveiller. Le journaliste, jamais inquiété sur e-marrakech.info, constate une plus grande liberté de parole sur internet : « Sur mon site, je peux laisser des commentaires d’islamistes ou du front Polisario. » Mais il nuance immédiatement en expliquant qu’il veille à maintenir la liberté d’expression au plus haut tout en évitant de toucher au pouvoir. Certaines affaires rappellent en effet que ce dernier reste chatouilleux. Rabat n’a pas hésité à bloquer pendant six jours l’accès à « Youtube » où circulaient des vidéos insultant le roi. Même traitement pour « Live Journal », une plate-forme étrangère qui hébergeait des blogs pro-Polisario. En février 2008, Fouad Mourtada, accusé d’usurpation d’identité après avoir créé un faux profil sur le réseau social Facebook, au nom du frère du roi Mohammed VI, a été condamné à trois ans de prison ferme. Après 43 jours d’incarcération, il a finalement bénéficié d’une grâce royale, mais le fait que sa libération ne soit pas due à un verdict équitable rendu par un tribunal restera, c’est certain, dans l’esprit des internautes marocains.

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