Tuk-tuk !

C’est une sorte de taxi qui fait partie intégrante du paysage cambodgien. Khim Phorn en conduit un depuis trois ans.

Sur l’asphalte de Phnom Penh, le rouge des tuk-tuk ne passe jamais inaperçu. Ces carrosses du pauvre tractés par des mobylettes coupent les virages, klaxonnent, haranguent les barang – les étrangers – pour proposer leurs services. Quand ils ne sont pas sur les routes, ils sont à l’arrêt sur le trottoir. Parfois, le conducteur dort affalé sur la banquette arrière. D’autres se positionnent à des endroits stratégiques guettant le moindre mouvement des visiteurs.

Khim Phorn se place souvent aux abords du palais royal, en plein centre de la capitale à deux pas du Mékong et du musée national. « Je vais là où il y a du monde. Mais je n’ai qu’un à trois clients par jour. Parfois, aucun. », dit-il dans un anglais plutôt correct appris sur le tas. La concurrence est rude. Le montant de la course, dérisoire. Un trajet en ville peut coûter 6 000 riels, soit 1,5 dollar, au client qui a négocié – généralement, le prix initial décidé par le conducteur est 4 dollars. « Combien je gagne? Je vis au jour le jour, tout dépend de ma clientèle. Et puis, il y a les frais d’essence, bien trop chers. Quand je fais le plein, je ne mets que deux ou trois dollars. Il faut bien vivre! », lance ce père de deux filles, âgées respectivement de 8 ans et 10 mois. « Quand c’est une mauvaise journée, il nous arrive de manquer un repas. »

Parfois, on se perd

Ses journées commencent à 8h du matin pour se clore vers 17h ou 18h. Il passe ainsi la majorité de son temps à attendre. « J’aurai aimé faire un autre travail. Mais quoi? » Lassé par un précédent emploi à l’hôtel, Khim Phorn voulait être plus libre dans son initiative, sans être sous la direction d’un chef. « Être tuk-tuk permet la liberté. La paye, même pas très grande, est plus élevée aussi que celui d’un simple ouvrier », déclare-t-il, « C’est un bon moyen de survivre à Phnom Penh ».

Rares sont ceux à faire tuk-tuk par vocation. Beaucoup de clients font le récit de trajets interminables, parce que le conducteur ignorait la destination et n’osait pas le dire. « On m’avait emmenée plus loin que dans les faubourgs de Phnom Penh. Mon driver ne me disait rien, il ne voulait pas perdre la face devant moi. Et moi, j’étais toute paniquée », se souvient Dane Cuypers, auteure d’un livre sur ces voyages au royaume (lire par ailleurs).

« L’électricité, le loyer, etc. la vie est trop chère ici », se plaint Khim Phorn, comptant ces malheurs sur ses doigts. La ville était la seule solution pour quitter la pauvreté de Prey Veng, province à l’est de Phnom Penh, d’où il est originaire. « Business here », répète-t-il. Après l’achat d’un tuk-tuk à 1200 dollars, Phorn s’est ainsi lancé. Il a même une carte de visite qu’il distribue à ses clients. « Honest and reasonable price », est-il écrit en bleu sur un fond blanc cassé. Il passe alors son temps à arpenter la voirie phnompenhoise où le rouge de son tuk-tuk se noie dans la marée de concurrents et devient inaperçu.

Alexis Hontang