The Ghost Writer : Polanski resplendissant dans le noir****

Sous ses apparats académiques, The Ghost Writer révèle des trésors de tensions et de maîtrise de mise en scène. Une vraie bombe.

Ne pas se fier à la bande-annonce austère, ni au prétendu classicisme de son intrigue, le dernier Polanski s’avère déjà une référence. Achevé depuis sa prison suisse, le franco-polonais concocte une pure trame de film noir. Au cœur de l’intrigue : suspicion, tromperie, manipulation en hauts lieux, conséquences politiques. Plutôt que de le comparer à un autre long-métrage, on pense surtout à la saga de jeux vidéos Metal Gear Solid. Comme dans la création de Konami, concentré faramineux de références au 7ème art, le successeur d’Oliver Twist plonge le spectateur dans une ambiance malsaine, où chaque regard peut dissimuler un mensonge, où la vérité semble dangereuse.

Adam Lang (Pierce Brosnan), politicien britannique se retrouve embarqué dans un procès pour crime contre l’humanité. L’ancien premier ministre est accusé d’avoir initié la guerre en Irak, utilisé des méthodes de tortures et arrangé ses amis américains. Au milieu de ce foutoir, un ‘nègre’, en anglais ghost writer (traduction littérale « l’écrivain fantôme »- c’est quand même plus classe !) incarné par Ewan McGregor, époustouflant. Après avoir joué un homo au regard tendre dans I Love You Phillip Morris et au moment où sort le prometteur Les Chèvres du Pentagone, le voilà dans l’un de ses meilleurs rôles. Alors que l’on croit qu’il va se faire dévorer dans un premier face à face avec Lang/Brosnan, on se rend très vite compte que c’est son personnage qui capte toute l’attention. L’ex-James Bond, comme l’ensemble des autres seconds rôles ne font presque qu’acte de figuration de qualité. On découvre tout de même Olivia Williams, comédienne surprenante et touchante.

The Ghost Writer, de Roman Polanski, avec Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Olivia Williams (Fra., 2 h 08, 2010)

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Géométrie hitchcokienne

Mais l’autre personnage de ce Ghost Writer, c’est évidemment cette grande maison. À l’instar d’un excellent Hitchcock, le lieu de vie se transforme en objet à la fois étouffant et apaisant. On pense aux manoirs des Enchaînés, ou à la maison à la fin de la Mort aux trousses. La géométrie rectiligne mixe de façon intrigante une modernité nuancée par le traditionalisme des murs en fausses pierres. Elle cristallise une forme de peur indicible tout en servant de cocon. Dès que McGregor sort de ses murs, le danger se fait comme plus pressant. La faute sûrement au goût du détail signifiant de Polanski. Il se plaît à millimétrer chaque déplacement, et donner vie à des espaces vides. L’anxiogène déroulement d’un film à la violence plus psychologique que physique fait écho de son talent à montrer la claustrophobie et l’abandon. De Rosemary’s Baby à Frantic, Roman sait rendre flippant ce qui ne devrait pas forcément l’être.

On a d’ailleurs beaucoup fait de parallèle entre son film et ses problèmes judiciaires. Et c’est vrai que, comme prophétiquement, non sans ironie, Polanski fait un joli pied de nez aux attaques de la presse et de la justice. Mais quitte à ramener The Ghost Writer à un élément d’actualité francophone, on se met à penser à Villepin et l’affaire Clearstream (sans juger sur le fond). Sauf qu’à la différence de ce dossier complexe, le scénario du long-métrage se suit extrêmement bien. Son rythme lent permet de ne pas condenser en quelques secondes un surplus de révélations. Au contraire, on est surpris de la sobriété des péripéties. Le réalisateur arrive à nous captiver pour ce qui n’est pas l’histoire la plus abracadabrante que l’on est vu. Et ce jusqu’au dernier plan, où un doute persiste encore. Instantanément un classique.

Bande annonce du film sue Comme Au Cinéma