« Tanjia » pour une action humanitaire

Le samedi 4 avril 2009, à l’occasion de la journée nationale des conteurs «Hlaykias», la place Jamaâ El Fana de Marrakech a été le théâtre d’une action citoyenne grandiose. Pour la première fois, les conteurs ont organisé la plus grande « tanjia » jamais vue au monde.

Marrakech fête le printemps à sa manière en créant des festivals dans les différents coins de la ville. La grande place de la ville en a fait à sa manière. Ainsi, une tanjia (jarre en terre cuite) de 2,5 mètres de long et 1 mètre de large a été dégustée samedi en plein centre de la célèbre place Jemaa El Fna. Cette tanjia, la plus grande au monde, a été réalisée dans la province de Tamelouht avec 75 kg d’argile. Trois artisans ont travaillé pendant 20 jours à sa fabrication. La tanjia géante a défilé à travers les grands boulevards de la cité ocre dans un cortège de troupes folkloriques, jusqu’au jardin « Arset El Bilk?», où des tables étaient dressées pour les amateurs de ce mets typiquement marrakchi. Elle a été cuisinée avec 450 kg de viande répartis dans 85 petites tanjias contenant 5 kg de viande chacune. Ces dernières étaient au fond de la plus grande. La tanjia est un plat traditionnel cuisiné uniquement par des hommes,

Le montant total récolté  se monte à  36 000 dirhams (3 600 euros). Pour le prix de 100 dirhams (10 euros), les consommateurs ont pu y goûter sur place. La recette de cette journée a été offerte à l’association des conteurs de la place. Les organisateurs ont décidé de faire de cet événement une caravane qui va parcourir d’autres grandes villes comme Rabat, Casablanca … où les gens pourront déguster ce plat au même prix. Tout l’argent collecté par cette initiative sera versé à l’association « Lalla Salma » pour la lutte contre le cancer.


La recette

  • 1ère étape, réunir les ingrédients : de la viande d’agneau, de l’ail, beaucoup de cumin, des pistils de safran, du citron confit, du ras el hanout (un mélange d’une vingtaine d’épices), du smen (beurre rance), de l’huile d’olive et, bien évidemment, de l’eau.
  • 2ème étape, mélanger les ingrédients et les mettre dans une tanjia (une petite jarre en terre cuite). Refermer la tanjia avec du papier de cuisson. Percer des petits trous dans le papier. 
  • Il faut porter sa petite jarre au  farnatchi, four à bois qui chauffe les hammams traditionnels. Là, la tanjia cuira pendant des heures sous la cendre. On peut utiliser une cocotte-minute si l’on est pressé mais la tanjia du hammam reste incomparable.

Pourquoi la tanjia est faite par les hommes ?


I
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était une fois à Marrakech, il y a bien longtemps, un mari et sa femme qui passaient leur temps à se chamailler et à se traiter de noms d’oiseaux. Un jour, au cours d’une ces disputes, la femme hurla à son mari : « tu cries, tu cries, mais tu ne pourras jamais te passer de moi. Si je n’étais pas là, tu ne pourrais même pas te faire à manger ».
Le mari prit très mal cette attaque. Il entreprit alors de démontrer à sa femme qu’il ne mourrait pas de faim sans elle. Le problème est qu’il ne connaissait rien à la cuisine. Il ne se découragea pas. L’honneur de tous les mâles de l’empire chérifien était en jeu. Il prit tous les ingrédients qu’il trouva dans la cuisine (cf. plus haut), les mélangea dans une jarre et emmena cuire le tout au farnatchi parce qu’il était incapable d’utiliser le brasero ou le « canoun » (four traditionnel)). La tanjia était née ! Depuis ce jour, seuls les hommes de Marrakech préparent ce plat, pour prouver à leurs femmes qu’ils pourraient se passer d’elles.

Certains Marrakchis ajoutent de la noix de muscade à la tanjia. La noix de muscade ayant un effet hallucinatoire à forte dose, je ne vous raconte pas les « après-repas ». Dans un langage moderne, il s’agit de « space tanjias ».

Photos :