Souvenirs impériaux

A 5h30, il fait encore sombre sur la colline de Nam Giao, mais tout le monde est debout. Dans la banlieue de Hué, les habitants se préparent à assister à la procession de l’empereur.

A 5h30, il fait encore sombre sur la colline de Nam Giao, mais tout le monde est debout. Dans la banlieue de Hué, les habitants se préparent à assister à la procession de l’empereur. Plus de 250 figurants, une dizaine de chevaux et cinq éléphants, costumés pour la reconstitution, partent du tertre impérial. Sur les trois kilomètres de défilé, la foule s’est amassée le long des trottoirs. Dans leurs costumes verts, les agents de police tentent tant bien que mal de contenir les enfants qui veulent approcher les pachydermes. En tête du cortège, de jeunes porte-drapeaux arborent l’étoile jaune sur fond rouge rappelant que le Vietnam d’aujourd’hui est une république socialiste. A l’arrivée, devant la porte de la cité interdite, ancienne demeure des empereurs Nguyên, les soldats et concubines du souverain, dans leur robes bleues, entament une ballet sur des airs traditionnels.
Une cérémonie « raccourcie »
C’est la première fois, depuis la fin de l’empire en 1945, que les Vietnamiens « ressuscitent » le rite censé apporter aux habitants la bénédiction du ciel. « Les organisateurs n’ont présenté qu’une partie de la cérémonie », explique l’un des descendants de la famille impériale, Monsieur Buy, professeur à Hué. Autrefois, cet événement, qui devait se produire une fois par an, voyait l’empereur, avec son cortège quitter la Cité interdite pour Nam Giao. Là-bas, les sujets s’adonnaient au culte du roi Nguyen. Ce dernier laissait parfois repartir sans lui la procession. « En ne reconstituant que le retour, les communistes évitent de louer l’ancien régime tout en gardant le côté festif et folklorique », poursuit Monsieur Buy. En effet, si toute la cour est représentée, aucun figurant ne joue le rôle du monarque. Sa chaise à porteurs en bois rouge avec dorures restera vide tout au long de la procession. En terre communiste, l’empereur, c’est le peuple … soi-disant.