Sous la bonne étoile

Depuis 1993, la Société d’Astronomie de Saône-et-Loire dissèque le ciel de son observatoire de Buxy. Visite guidée avec son président, le passionné Didier Lavandier, entre télescopes, constellations, OVNIs et… pollution.

De là-haut, sur la colline de la Chaume à Buxy, même quand le soleil a disparu de l’horizon, il semble toujours faire jour. D’un côté, ni l’heure tardive ni le froid n’influent la bonne ambiance des rencontres nocturnes organisées par les membres de la Société d’Astronomie de Saône-et-Loire – SASL. De l’autre, la pollution lumineuse provoquée par les communes du Chalonnais est telle qu’il reste un important halo entre la terre et les étoiles. « Depuis 4 ans, on constate une vraie dégradation du ciel », explique Didier Lavandier, président de la SASL, « Et c’est principalement à cause de l’éclairage public de la ville de Chalon. On remarque que certaines rues, comme la nouvelle rocade ou la rue des Frères Lumière, sont beaucoup trop éclairées. La puissance au pied du mât est de 40 lux, au lieu de 12 maximum. On peut lire un journal avec 5 lux. C’est une vraie aberration ! »

Le décor est planté. En bas, un amas de points lumineux, symboles de l’activité humaine. En haut, entre les nuages, les constellations. Entre les deux, l’observatoire de Buxy, véritable bunker posé sur une colline artificielle à 417 mètres d’altitude. « Ce site a été choisi car, notamment, l’atmosphère y est très stable ». Les premiers moellons ont été posés en 1993, de la main même des adhérents de la SASL. Aujourd’hui, et un cambriolage plus tard, l’observatoire vit en autarcie, avec son groupe électrogène et une petite éolienne. « On fait aussi de l’écologie », s’amuse-t-il, « L’astronomie est la seule science qui regroupe toutes les autres ! Tous les corps scientifiques sont vraiment représentés. »

Un grand événement pour 2010

À l’intérieur de l’observatoire, entre les murs de crépi décorés de cartes du ciel et d’un grand tableau blanc sur lequel sont écrites des formules d’optique, la SASL cache son trésor : trois télescopes, d’un diamètre variant de 200 à 400 millimètres, permettant d’observer jusqu’à plus de 55 milliards d’années-lumière ! La dernière acquisition est d’une valeur de 750 €. « Les prix ont vraiment baissé », constate Didier Lavandier, « C’est la preuve qu’il y a une vulgarisation de l’astronomie. Des personnes de toutes les couches sociales et de tous les âges viennent à s’intéresser aux étoiles, car c’est un vrai échange avec la nature. » Les événements ponctuels tels que le passage de la comète Hall-Bop, en 1997, ou l’éclipse de 1999 restent la meilleure publicité pour toucher le grand public.

Seulement, savoir orienter son télescope sur l’étoile Arcturus, de la constellation du Bouvier, n’est pas chose aisée pour le novice.« En 6 mois, en raison de deux observations par mois de 2 heures chacune, on apprend sa carte du ciel. Sinon, il faut 2 ans pour devenir un bon astronome, le temps nécessaire à l’œil pour s’adapter aux mouvements de nuit », explique celui qui s’est pris de passion pour la galaxie à l’âge de 14 ans, entraîné dans la mouvance de la science-fiction, où les écrivains traitaient si bien de la vie… extraterrestre. « Nous n’avons encore détecté aucun OVNI et nous n’en avons pas l’intention d’en chercher ! Depuis 20 ans, les astronomes ont pris conscience que la vie sur Terre a été un énorme coup de chance. Si Jupiter avait été plus grosse, elle serait devenue une étoile et la Terre n’aurait pas existé. ». D’après lui, d’autres coups de chance, d’où d’autres civilisations, existent peut-être dans l’Univers, mais c’est une possibilité infime et nous en avons aucune preuve.

En revanche, les astronomes terriens sont loin d’être seuls. Certains s’y consacrent même pleinement. « Cela me prend à peu près 20 heures par semaine. Mais heureusement que je ne suis pas seul dans l’association ! », déclare Didier Lavandier dont l’association a plus d’un projet dans les cartons. La prochaine à venir : en mai 2010, « Bourgogne les Étoiles » se déroulera au Parc des expositions de Chalon-sur-Saône, en collaboration avec la NASA et l’Agence Spatiale Européenne. À vos agendas !

La Société Astronomique de Saône-et-Loire en quelques mots

Installée à l’observatoire de la Chaume à Buxy depuis 1993, la Société Astronomique de Saône-et-Loire (SASL) est l’un des trois clubs d’astronomie du département, avec ceux sis à Gueugnon et Blanzy. Didier Lavandier préside la SASL depuis 4 ans. « Notre objectif est d’aborder l’astronomie sous son aspect pédagogique », explique-t-il. « C’est pour cela que nous faisons des conférences et que nous participons à des événements comme la Fête de la Science ou la Nuit des Étoiles ». La société intervient aussi dans les écoles. De plus, il existe une collaboration avec le lycée Hilaire de Chardonnet toujours sur le thème des planètes. La SASL, c’est aussi une trentaine d’adhérents, un site internet (www.sasl.asso.fr), et des séances de prévention auprès des municipalités et du grand public contre la pollution lumineuse.