Roumanie : Traian Basescu réélu Président

Les élections présidentielles 2009 ont fait couler beaucoup d’encre en Roumanie, surtout pour le deuxième tour, l’enjeu étant considérable. La concurrence acharnée entre Traian Basescu, président de la Roumanie depuis 5 ans (2004-2009), ancien membre du Parti Démocratique Libéral, et Mircea Geoana Président du Parti Social Démocratique a fait l’objet de longs débats sur la scène politique roumaine. Le jour des élections, le 6 décembre, les deux candidats ont annoncé leur victoire ce qui a entraîné une situation sans précédent dans la politique roumaine. Finalement, les résultats définitifs ont donné la victoire au président sortant Traian Basescu (pourcentage de 50.33 % contre 49.66 %).

Monsieur Cristian Preda, parlementaire européen et spécialiste dans les Sciences Politiques, donne son opinion sur les élections présidentielles 2009.

Affiche électoraleComment expliquez-vous deux scores si proches pour les deux candidats, fait largement annoncé dans les médias, d’autant plus que Basescu était dès le début favori. D’ailleurs, les médias ont eu la tendance à préférer les opposants de l’actuel président – où est donc l’objectivité de la presse ?

Monsieur Cristian Preda : En fait, le score est tout à fait normal. Généralement, dans le deuxième tour, les différences sont réduites, la situation contraire étant peu commune. Quant à la presse, celle-ci doit exprimer ses opinions pour avoir un impact sur son lectorat. Donc, la presse doit être libre et avec discernement, pas objective. Traian Basescu a eu plus de pouvoir que les médias qui ont favorisé ses opposants.

Le 6 décembre, à 21h, les deux candidats ont annoncé leur victoire. Puisque les scores étaient si proches, comment ont-ils pu avoir les résultats ? Les sondages de Traian Basescu étaient réellement les bons– mais annoncer sa victoire avant 21h a été une action juste ?

Monsieur Cristian Preda : Le fait que les deux candidats ont annoncé leur victoire est vraiment inédit dans la politique roumaine postrévolutionnaire. L’explication est que les deux candidats ont obtenu des pourcentages proches alors les sondages n’ont pas pu saisir la différence. À mon avis, une estimation de 50 % pour chaque candidat aurait été plus juste. Le président s’est laissé guider par les sondages réalisés le jour de l’élection, prenant en compte la tendance de voter de la population de droite, qui se rend aux urnes dans la deuxième moitié de la journée. Je considère que c’est le candidat vaincu ayant déclaré sa victoire qui est ridicule, non pas le vainqueur.

Le parti gagnant a été accusé d’avoir fraudé les élections et par conséquent, le Parti Social Démocratique a demandé un nouveau calcul des voix nulles. Le résultat a démontré que l’actuel président a été désavantagé. Que s’est-il passé, réellement ?

Traian Basescu, président de la RoumanieMonsieur Cristian Preda : Certains politiciens accordent plus d’importance aux sondages au lieu de l’accorder aux résultats. Ceux-ci se fient à des estimations, pas aux réalités et ce sont eux également qui accusent leurs adversaires de fraude. Un exemple pour mieux comprendre. C’est pareil à un match de football où une des équipes gagne à un score limite, résultat contesté ultérieurement par l’équipe vaincue en raison des pronostics antérieurs au match.

La crise politique en Roumanie serait-elle de longue durée et comment est-elle perçue au Parlement européen ?

Monsieur Cristian Preda : Toute démocratie est longue à se développer, nécessitant des règles claires, mais des traditions politiques également, c’est-à-dire, des procédures mutuellement acceptées par l’unanimité des compétiteurs. Quant à notre démocratie, celle-ci est jeune, alors il s’agit plutôt d’une crise dans le développement. Les politiciens à l’étranger sont plus expérimentés que les Roumains, donc ils sont moins véhéments à voir les élections.

Emil Boc a été nommé de nouveau premier ministre. Est-ce que la Roumanie a plus de chances de se redresser après les ravages de la crise économique grâce à ce gouvernement ?

Monsieur Cristian Preda : Les démocraties européennes connaissent déjà des cas où un ministre a confirmé les attentes. D’autant plus que monsieur Boc a déjà beaucoup d’expérience et cette expérience est un atout pour les réformes actuelles.

Quel message transmettriez-vous aux jeunes roumains qui se préparent à continuer leurs études à l’étranger ?

Monsieur Cristian Preda : De ma propre expérience en tant qu’ancien étudiant à l’étranger, je pourrais leur confier mon credo : l’expérience externe est productive, plus utile si elle se passe dans une construction institutionnelle.

Annexe – principaux partis politiques roumains :

PDL – Le Parti démocrate-libéral, parti centriste, d’inspiration socialiste et républicaine, dirigé par Traian Basescu (résultats du premier tour des élections présidentielles : 32.44 %)

PSD – Le Parti social-démocrate, centre gauche, dirigé par Mircea Geoana (résultats du premier tour des élections présidentielles : 31.15 %)                           

PNL – Le Parti national libéral, centre droit, adepte du libéralisme conservateur, dirigé par Crin Antonescu (résultats du premier tour des élections présidentielles : 20.02 %)