Road trip marrakchi

Les Marocains aiment partir à la découverte de leur pays. Ceux qui possèdent la voiture et les finances profitent des fins de semaine et des vacances pour parcourir les routes du pays. Les Marrakchis Othmane, Moussaab et Khalil ne font pas exception.

Samedi, 16 heures, direction Essaouira, à 176 km à l’ouest de Marrakech. Othmane, 25 ans, Moussaab, 26, et Khalil, 16 ans, aiment s’évader de Marrakech pour jouer les touristes dans leur pays. Sur la route, on croise des ânes et des gendarmes. Le contrôle de routine coûte 200 dirhams au touriste, moins pour les Marocains et rien en échange d’un service. « Le mieux, c’est d’avoir des connaissances », confie Othmane.

Essaouira, liberté et tolérance

Arrivés juste à temps pour le coucher du soleil, nous nous arrêtons un instant sur les hauteurs d’Essaouira, l’ancienne Mogador, citadelle posée sur les rochers. On aperçoit toujours les batteries de canons qui servaient à protéger le port des pirates.
Arrivés juste à temps pour le coucher du soleil, nous nous arrêtons un instant sur les hauteurs d’Essaouira, l’ancienne Mogador, citadelle posée sur les rochers. On aperçoit toujours les batteries de canons qui servaient à protéger le port des pirates.

Coucher de soleil depuis la citadelle d'Essarouia, ex MogadorArrivés juste à temps pour le coucher du soleil, nous nous arrêtons un instant sur les hauteurs d’Essaouira, l’ancienne Mogador, citadelle posée sur les rochers. On aperçoit toujours les batteries de canons qui servaient à protéger le port des pirates. Dans ce qui reste un des plus grands ports de la côte atlantique, les pêcheurs déchargent leurs dernières marchandises. Face à la ville, l’ancienne prison que constituait l’île est devenue une zone réservée pour la protection des oiseaux. Essaouira, la ville du vent et des mouettes, est dorénavant la cité de la liberté, « Horrya » en arabe. Les stands de grillades de poissons et crustacés sur la ballade du port, les nombreux restaurants dans la médina, les galops à cheval sur la plage, les concerts de jazz… Essaouira semble conçue pour passer du bon temps.

Cité d’artistes et d’artisans, elle abrite chaque année le festival « Gnaoua et musique du monde ». Descendant d’anciens esclaves originaires d’Afrique Noire, les confréries gnaouas sont réputées pour leur musique de transe.

Dans ce qui reste un des plus grands ports de la côte atlantique, les pêcheurs déchargent leurs dernières marchandises.La cité a eu son époque débridée, mais si ce type de tourisme existe toujours, la ville s’est beaucoup assagie. Essaouira n’est plus la ville hippie où l’on venait marcher pieds nus et fumer des joints à longueur de journée. « André Azoulay, natif de la ville et conseiller des rois Hassan II et Mohammed VI, a mis en ordre la ville en tentant d’enrayer le tourisme sexuel qui concernait aussi bien les touristes nationaux qu’internationaux », explique Moussab. Mais Essaouira reste « discrète » pour les Marrakchis qui y échappent au qu’en-dira-t-on : « On vient à Essaouira parce qu’ici personne ne nous connaît. On est plus libre de nos mouvements », renchérit Othmane, un peu mystérieux.

Mogador, avec 40 % de juifs au début du XIXe siècle, a toujours été tolérante. « Les Juifs se promènent avec la kippa sans problème ici », illustre Moussaab. Ainsi, de nombreuses familles juives expatriées du Maroc viennent pour retrouver l’héritage ou les maisons de leurs grands-parents.

Arrivés à l’entrée de la Médina, nous laissons la voiture sous la surveillance d’un gardien avant de prendre un taxi pour rejoindre l’appartement loué pour passer la nuit. « On a besoin des pneus pour avancer et à l’appartement il n’y a pas de gardien », plaisante Othmane. Tout le monde passe à la douche, se fait beau et se parfume pour la virée nocturne. De retour dans la médina, le dîner se compose d’une harira, la soupe traditionnelle marocaine, d’un tagine de crevettes, de pain et évidemment de « whisky berbère », le thé à a menthe. Un petit verre dans un des rares bars de la ville, un deuxième à l’appartement et la soirée se termine tranquillement.

Safi, envoûtements et sardines

Dans cette région balnéaire, de nombreux restaurants, points de rafraichissementLes cafés ne manquent pasLe dimanche matin, nous prenons la route pour la deuxième étape : Safi. La cité est réputée pour la finesse de ses poteries. Un important complexe industriel de transformation de phosphate, précieuse marchandise dont les trois quarts des réserves mondiales sont au Maroc, est situé à l’entrée de la ville. « Dans cette région, il y a des endroits ou il n’y a qu’à se baisser. À cause des quantités produites, on a dédié une ligne de chemin de fer à leur transport. Les ingénieurs d’ici sont les mieux payés du Maroc. Ils ont tous des villas », assure Moussaab.

La ville est également connue pour les sorcières qui envoûteraient les hommes avec des potions. Cette croyance est bien ancrée, à tel point que feu le roi Hassan II n’a jamais souhaité prendre le risque de se rendre dans la ville. En désignant les hommes fous qui errent dans la ville, Moussaab et Othmane commentent : « Dans cette ville, il faut se méfier des femmes. Quand les histoires d’amour finissent mal, elles ont recourt à des potions pour se venger des hommes. »

Mais, l’odeur des sardines, « les meilleures du monde » selon Moussaab, rappelle qu’il est l’heure de déjeuner. Dans le restaurant de poisson, chacun pioche dans d’immenses plats, du poisson grillé tout juste débarqué d’un des plus vieux ports du Maroc. Nous voilà déjà repartis. Des hommes traversent la route en se donnant la main : « Il s’agit de cousins ou alors d’amis de longue date. Cette pratique n’a plus court dans les grandes villes du Maroc », explique Othmane.

Oualida, lagune et baignade

En été, Oualida et son joli petit port se transforment en station balnéaire pour les MarocainsDes petits bateaux de pêche peuvent être loués pour traverser la lagune et ses parcs à huîtresKhalil, apprécie particulièrement la prochaine destination. En été, Oualida et son joli petit port se transforment en station balnéaire pour les Marocains. Des petits bateaux de pêche peuvent être loués pour traverser la lagune et ses parcs à huîtres. Sur un des côtés du lac, un garde veille sur une des résidences royales. « Le roi aime se rendre dans cette région, car c’est un site privilégié pour les adeptes du jet-ski », explique Othmane. Après une baignade un peu fraîche et un bain de soleil, nous voici à nouveau sur la route.

 El Jadida, la portugaise

Citerne de l'époque portugaise : une grande salle voûtée et souterraine datant de 1514Avant le retour à Marrakech, l’itinéraire prévoit une pause à El Jadida, la ville portugaise. El Jadida (la nouvelle) est située à 100 km de Casa : « C’est la résidence de ceux qui travaillent à Casa mais préfèrent vivre au calme à une petite heure par l’autoroute », explique Moussaab. Les maisons cossues avec jardin défilent le long de la route.

Après la visite de la citerne portugaise, une grande salle voûtée et souterraine datant de 1514, et une dernière collation, fin de l’escapade. Nous quittons la ville fortifiée pour retrouver aux alentours de 21 heures la place Jemaâ-El-Fna et la foule mêlant les touristes aux Marrakchis.