Riads en mosaïque

Immenses maisons familiales hier, chambres d’hôtes aujourd’hui, les riads de Marrakech et du Maroc, ont connu, entre destructions ou rénovations, bien des aventures pour devenir ceux que nous connaissons. Histoire d’une évolution…

Patio du riad Itrane - MarakkechTerrasse du riad itrane de Marrakech - au fond la KoutoubiaGrandes constructions de plus de 1 000 m2, dans lesquelles cohabitaient jusqu’à trois générations, les riads s’organisaient autour d’une fontaine dans un patio à ciel ouvert agrémenté de quatre petits jardins.

Autrefois, ces demeures permettaient aux pères de famille de garder auprès d’eux leurs enfants, en leur offrant une chambre et une cuisine sous leur toit lorsqu’ils se mariaient. Mais, face à des problèmes économiques importants, les familles ont vendu morceau par morceau leur patrimoine pour subvenir à leurs besoins.

La tradition a donc cédé le pas, favorisant la multiplication de petites habitations. « Depuis une cinquantaine d’années, la population dans la Medina a beaucoup augmenté, explique Othmane Belloute, gérant d’un riad pour touristes à Marrakech. De plus, les familles recherchent plus d’indépendance les unes par rapport aux autres. »

Autre grande cause de la dislocation des riads, les problèmes d’héritage. Bien souvent, à la mort du père, les familles se sont partagé les riads pour y créer plusieurs appartements indépendants. 

La sauvegarde d’un patrimoine précieux. 

Jardin vu des terasses du riad Charlotte - marrakechPiscine dans le patio du riad Charlotte - MarrakechCes demeures n’ont pour autant pas totalement disparu. Elles se sont tout simplement transformées. Sous l’impulsion du maire de Marrakech, Omar El Jazouli, des étrangers ont racheté des appartements afin de faire revivre les riads d’antan. Dans la Medina de Marrakech, on dénombre aujourd’hui environ 1 000 riads, désormais essentiellement dédiés au tourisme.

Vu de la terrasse du Riad Charlotte - Marrakech« L’achat d’un petit riad de 100 m2, coûte environ 120 000 euros et il faut compter autant pour la rénovation et l’ameublement, précise Othmane Belloute dont le riad appartient à un Français, originaire de Saône-et-Loire. Les Marocains ne peuvent pas se permettre d’acheter, car ils n’ont pas les moyens alors que les étrangers viennent avec un pouvoir d’achat fort et font parfois des crédits dans leur pays d’origine pour pouvoir acheter des bâtiments. »

De son côté, le premier magistrat marrakchi justifie cette politique en invoquant la sauvegarde du patrimoine marocain. « Je préfère que les riads soient entre les mains de touristes plutôt que voir mon patrimoine se transformer en ruines, confie-t-il. Par ailleurs, chaque fois qu’un étranger ouvre un riad, il emploie des Marocains ! »

Détails de la fontaine et mosaïque du riad Itrane - MarrakechLes propriétaires étrangers ont de fait besoin de personnels pour gérer leurs biens pendant toute l’année. Ils emploient donc des gérants, qui deviennent leurs doigts et leurs yeux lorsqu’ils sont absents. Des femmes de ménage, cuisinières, hommes d’entretien et gardiens de nuit sont également recrutés. Un riad comptant sept chambres permet ainsi d’employer un gérant, deux femmes de ménage et un gardien de nuit.

Les riads traditionnels renfermaient véritablement la culture marocaine. Délaissés, ils ont retrouvé un second souffle grâce au tourisme. Même si ce patrimoine sauvegardé ne profite plus aux Marocains qu’en terme économique…

 

Visite du riad Itrane de Marrakech