Révisionisme-négationisme, le couple infernal

Le révisionnisme n’est pas une invention issue de la Seconde guerre mondiale. Il apparaît notamment au moment de l’affaire Dreyfus (au tournant du XIXe et du XXe siècle) dans la bouche de ceux qui voulaient « réviser » le procès du capitaine malheureux.

Les historiens de la Shoah préfèrent parler du discours « négationniste » pour signifier le message de ceux qui nient la politique d’extermination nazie à l’encontre des juifs d’Europe. Le message ? « Les Juifs ont menti pour culpabiliser l’Occident et permettre la création de l’Etat d’Israël. » Au-delà de la négation d’une politique à échelle industrielle de destruction de masse du peuple juif, les négationnistes remettent en cause l’instrument même du génocide : les chambres à gaz. Partant du principe qu’il n’y a aucun véritable témoin oculaire de ce qui pouvait se passer dans les chambres à gaz (et pour cause, ceux qui y entraient n’en ressortaient pas vivants), les négationnistes réfutent ou minimisent leurs effets destructeurs. Du même coup, ce discours tend à disculper l’Allemagne nazie.
Le négationnisme se veut un courant historiographique opposé à « l’histoire officielle » Ce phénomène n’est pas une exception culturelle française. On le retrouve aux Etats-Unis par le biais d’organismes comme The Institute for Historical Review ;  les théories négationnistes font aussi des émules en Allemagne, en Grande-Bretagne, au Canada, en Italie, en Suède, en Suisse ainsi que dans le monde arabe. Parmi les aspects de la Shoah qu’il discute, le nombre des victimes des camps. Les négationnistes se sont même servis de la fausse rumeur selon laquelle les nazis transformaient en savon certains corps de victimes pour étayer leur argumentation.
Les thèses négationnistes sont de véritables enjeux idéologiques. Les partis d’extrême droite surtout (bien que cette frange n’en ait pas le monopole) instrumentalisent et intègrent dans leurs programmes cette démarche de l’installation du doute. La cible privilégiée des négationnistes est la frange des 11-18 ans, une génération encline au doute et à l’incertitude. A l’heure où les témoins directs de la Shoah sont de moins en moins nombreux et où le conflit israélo-palestinien est des plus virulents (on a même entendu des colons israéliens traiter l’armée israélienne de nazie au cours des opérations de retrait de la bande de Gaza) et en proie à tous les amalgames possibles, le discours négationniste est plus que jamais d’actualité. Valérie Igounet parle du négationnisme comme d’une « métamorphose moderne de l’antisémitisme. » De son côté, Baudelaire, tout en anticipation, ne fait pas de détail : C’est une ruse des démons de faire croire qu’ils n’existent pas…

 Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Editions du Seuil, Paris, 2000.