Rencontre. Rashid Irani, cafetier et critique cinéma

D’origine iranienne, Rashid Irani a une double vie. Il est le patron du café Brabourne sur Girgaume road, à deux pas du cinéma Métro. Mais quand il n’est pas derrière son comptoir, il assiste à des festivals de cinéma et se transforme par passion en critique de film.

Rashid IraniC’est un peu une célébrité maintenant, car dans le domaine du cinéma, son érudition est appréciée et son opinion reconnue. Shaan Khattau, jeune documentariste à Mumbai dit de lui «qu’il n’y a personne en Inde avec une aussi grande culture cinématographique?!»

Humblement, il affirme tout connaître du cinéma français des années 70-80?: «J’ai pu voir les films grâce à l’alliance française à Mumbai.» Il égrène les noms de films et de réalisateurs comme autant de bons souvenirs?: «Pierrot le fou et Jean-Luc Godart, c’était incroyable, ça a changé ma vie?! Robert Bresson…»

Rashid Irani est éclectique. Il aime le cinéma américain des années 60-70 et les films d’Alfred Hitchcock. Il aime un peu moins le cinéma contemporain, mais concède que «c’est peut-être un truc générationnel.» Parmi les réalisateurs contemporains, sa préférence va vers l’Autrichien Michael Haneke puis vers Clint Estwood et Michael Mann, réalisateurs américains. Il entretient également une passion pour les films japonais en particulier Tokyo Story de Yasujiro Ozu.

«Je reviens de New Delhi ou j’ai assisté à un festival de films internationaux. Les Chinois ont beaucoup moins de moyens, mais ils ont de très beaux films. Si l’Iran et la Palestine le font, on peut le faire. Nous avons la finesse technique, il nous faut innover sur les contenus.»

Tout cela n’a pas grand-chose à voir avec les films commerciaux dont il doit assurer les critiques pour le Times Of India, et le Daily News Analysis?: «J’ai appris à resituer dans le contexte les nouveaux films et je garde le lecteur en tête.»

Pour le cinéma indien, il regrette qu’il n’y ait pas de réalisateurs qui puissent parler des problèmes de société contemporains. «Le blocage vient des finances. Dans les années 70-80, nous avions de bons réalisateurs, mais ils ont été étouffés par le système.» En 2003, il a tout de même aimé Chokerbali de Rituparno Ghosh et en 2005 il a apprécié Iqbal de Nagesh Kukunoos.

Le blocage provient également du public?: «Personne ne veut voir des problèmes dans les films. On en a assez comme cela. Le public a besoin d’être cultivé et c’est un long processus.» D’après lui, pour éduquer le public, il faut lui montrer des films étrangers?: «Je reviens de New Delhi ou j’ai assisté à un festival de films internationaux. Les Chinois ont beaucoup moins de moyens, mais ils ont de très beaux films. Si l’Iran et la Palestine le font, on peut le faire. Nous avons la finesse technique, il nous faut innover sur les contenus. »