Religion migratrice

De la religion de l’ancien Empire perse, appelée zoroastrisme (si l’on se réfère à son prophète Zarathushtra) ou mazdéisme (si l’on se réfère cette fois à son dieu, Ahura Mazda), il ne subsiste que de petites communautés en Inde et en Iran principalement. On les appelle les parsis.

Le prophète Zarathushtra, dont le dieu est Ahura Mazda, vécut dit-on vers le VIIe siècle avant notre ère. Le mazdéisme s’est vraisemblablement développé d’abord en Bactriane, une région d’Asie centrale, puis s’est propagé dans tout l’empire perse, dont il est devenu peu après la religion officielle. Au Xeme siècle, les mogols envahissent l’Iran et forcent les parsis à se convertir à l’Islam. Une majorité d’entre eux choisit l’exil vers le sud afin de sauvegarder leur culte. Un homme, « Dhaval » prend la tête du cortège et se rend dans l’état du Gujarat, au nord ouest de l’Inde.

A leur arrivée, « Rhana », roi du Gujarat, tend un bol de lait plein à Dhaval et lui dit : « mon territoire est comme ce bol, si j’y ajoute quelque chose, il débordera ». Alors Dhaval verse une cuillère de sucre dans le bol et répond au roi : « mon peuple n’apportera que du bonheur / ne fera qu’ adoucir (version Vidya) le au tien ». Rhana accepte finalement. Cet évènement marque le début de l’expansion du mazdéisme dans le nord de l’Inde.

Ahura Mazda est un dieu unique et éternel qui lutte contre l’esprit du mal Ahriman. Le nom d’Ahura Mazda, qui signifie « dieu de la sagesse », s’est déformé en Horamazd, puis Ormuz (ce dernier subsiste dans le nom du détroit d’Ormuz qui ferme le golf Arabo-Persique). Il peut prendre six aspects différents appelés Amesha Spenta représentants les 5 éléments (eau, terre, air, feu, vent) ainsi que l’Homme juste.

Le culte mazdéen est centré autour du feu, qui symbolise la présence du dieu. On prie dans les « temples de feu » où brûle du bois dans des grands vases d’argent. Il existe trois types de temples : le « Dadgah » (le soldat) ; l’Adrian (le ministre) ; et le Padshah (le roi). Il y a cinq temps de prière dans une journée. On se rend dans chacun de ces trois temples, en effectuant à chaque fois une cérémonie différente. A la fin le prêtre frappe neuf fois dans une cloche pour charger les lieux en vibrations qui chasseront les esprits malins.

Seuls les parsis peuvent pénétrer dans les « temples de feu ». Les femmes ne peuvent pas devenir prêtresses, ni prier pendant leur cycle de menstruation car elles sont considérées comme impures à ce moment. Or le temple est un sanctuaire de pureté. Les prêtres parsis appartiennent à une caste héréditaire. A l’âge de sept ans en Inde, et dix en Iran, les jeunes mazdéens sont intronisés dans leur religion et reçoivent solennellement une chemise blanche (le Sadra) et une ceinture brodée de 33 rubans de soie, symbolisant les 33 anges d’Ahura Mazda.

A la mort, le corps du défunt est enveloppé dans des draps blancs, tête baisée en signe de soumission face à dieu. Les rites funéraires zoroastriens imposent de ne pas souiller ni la terre, ni le feu qui sont des éléments sacrés, par le contact du cadavre. Celui-ci est donc ni enterré, ni incinéré mais placé sur une « tour du silence » (complexe de bâtiments religieux, avec au plus haut une plateforme à l’air libre) où les vautours viennent le dépecer. Les ossements sont ensuite jetés dans un puit. Interdites par le pouvoir en Iran, ces pratiques se maintiennent en Inde, à Mumbai par exemple. Malheureusement il ne reste plus beaucoup de vautours, et les parsis doivent utiliser l’énergie solaire pour accélérer la décomposition du corps.

Les zoroastriens sont plus nombreux en Inde qu’en Iran (environ 200 000) et forment, grâce à leur haut niveau d’instruction, une communauté prospère. Des familles comme Tata ou Godrej sont numéro unes dans de nombreux secteurs comme la métallurgie, le thé, ou l’informatique. Leur religion les incite à s’investir pour la communauté, ainsi environ 60% des bénéfices de la transnationale Tata sont reversés à des œuvres de charité. Ce comportement est peut-être du à la « dette » qu’ont les parsis envers l’Inde pour les avoir acceptés lors de l’invasion arabe.