Rap, tam-tams et pirates

Dans une petite rue commerçante de Bamako, le studio d’enregistrement d’Iso, producteur de rap et de musique traditionnelle, est à peine plus grand qu’une salle de bains. Dans ce local défraîchi, aux fils électriques apparents et aux peintures inachevées, on se débrouille avec les moyens du bord pour enregistrer les tubes de demain.

Malgré l’intérêt de plus en plus grands des jeunes pour le rap ou d’autres musiques occidentales, la musique traditionnelle continue à s’imposer largement du côté des ventes. « La musique traditionnelle, c’est des griots, ou plutôt des griottes, car dans ce métier, les femmes sont plus présentes que les hommes » explique Iso. Ces chansons traditionnelles évoquent l’empire du Mali, les mariages arrangés, ou encore des histoires de villages. Le tout accompagné par des instruments tels que le goni (sorte de longue calebasse proche de la guitare), le balafon (assemblage de calebasses assimilable au xylophone) ou encore la kora, une harpe faite de calebasses.
Mais les radios diffusent de plus en plus de chansons françaises réorchestrées sur fond d’instruments africains : « ici on aime de plus en plus les chansons du style Céline Dion, sur un fond de tamtam ou de goni ; ça donne un peu de modernité à la musique malienne ».
Une modernité qui, contrairement à la musique des griots, sait s’exporter dans toute l’Afrique de l’Ouest. Le rap local s’écoute également au-delà des frontières maliennes, « mais ce n’est pas le rap de chez vous » souligne Iso, le producteur spécialiste de ce style musical. La rap qui plaît au Mali est celui qui plaisait en France à ses débuts, c’est-à-dire vers 1995. Les jeunes Maliens s’intéressent aussi au rap américain, dont la part de marché reste cependant inférieure à celle du rap malien.
Musique traditionnelle ou rap, toutes les productions d’Iso sont pressées sur CD, mais ceux-ci sont principalement destinés aux radios et maisons de disques. Le grand public, de son côté, se contentera le plus souvent d’acheter le dernier tube sur cassette, pour 2 € environ, soit sept à huit fois moins que sur CD.

Piratage

Si le prix d’une cassette peut paraître dérisoire, il est encore trop élevé pour nombre de Maliens, ce qui a favorisé un net développement du piratage au cours des dernières années.
Une ethnie, les Djokoromés, s’est spécialisée dans cette pratique : les pirates recopient la musique sur des cassettes de moindre qualité, sans payer aucun droit d’auteur, puis les revendent sur les marchés. « Le gouvernement a bien tenté d’enrayer cette pratique, mais du fait de la corruption, les revendeurs sont prévenus avant chaque descente de police » s’indigne Iso, qui se bat pour une loi punissant de prison ferme les trafiquants, comme en Guinée. La législation malienne, quant à elle, est muette sur le sujet.

De leur côté, les maisons de production profitent aussi de cette carence juridique. « Malicassette » est par exemple soupçonnée de produire plus de cassettes que le stipule le contrat signé avec l’artiste et de revendre l’excédent à l’étranger. Ce qui arrondit de manière non négligeable les bénéfices de l’entreprise.
Les artistes continuent néanmoins à percevoir des revenus confortables, grâce notamment aux diffusions radiophoniques. Ils continueront donc longtemps encore à adoucir les mœurs, maliennes ou occidentales.