Ramzi Salsa’ à toutes les sauces

Portrait d’un guide palestinien à la parole toujours mesurée dans cette terre de conflits.

Au commencement, Ramzi Salsa’ se destinait à une carrière de prêtre. Aujourd’hui, il passe toujours la plupart de son temps dans les églises mais en tant que guide. Ce fils d’artisan, tout juste la quarantaine, se confesse : « Au séminaire, je n’arrivais pas à prier et à entrer en communion avec Dieu. Ne pouvant être responsable spirituellement de moi-même, comment l’être pour les autres ? »

Depuis plus de dix ans, ce Catholique accompagne les pèlerins francophones sur tous les lieux incontournables dont regorge la Terre Sainte. « J’ai appris le français au séminaire », s’enorgueillit-il, empreint de son fort accent arabe.

40 guides palestiniens, 7000 israéliens

 

Ramzi SalsaEn 1999, Ramzi Salsa’ fait partie des 40 guides palestiniens autorisés à exercer la profession contre un ensemble de 7 000 guides juifs. Avant 1998, les autorités israéliennes interdisaient la pratique de ce métier aux Arabes, de peur qu’ils propagent des idées politiques « nuisibles » chez les touristes. « L’aura d’un guide est potentiellement plus importante que celle d’un terroriste », sourit ce natif des environs de Bethléem.

Depuis trois ans, la situation politique dans la région permet aux pèlerins d’affluer mais demeure tendue. Lorsqu’il évoque le paysage israélo-palestinien, Ramzi Salsa’ le fait donc avec réserve : « Normalement, je n’en parle pas. Je mentionne juste les colonies, sans aller plus loin, contrairement à un guide israélien qui nommerait ‘village’ ou ‘quartier’ ces mêmes occupations. » En dire d’avantage l’exposerait à d’éventuelles sanctions par les autorités israéliennes.

Cependant, il n’ignore pas que les visites titillent les sensibilités politiques de chacun. « L’essentiel, conclut-il, c’est la prise de conscience chez les pèlerins. Ils peuvent aider à la réconciliation entre les deux peuples et je les invite à prier pour ça. Mais qu’ils ne prennent pas part au conflit, c’est le nôtre, c’est notre problème ! »