Pluralisme : « une culture en cours d’acquisition »

Nadir Tahir est contrôleur au Département Suivi des Programmes de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle, homologue marocain du CSA. À ce titre, il doit vérifier que les radios et télévisions marocaines respectent la pluralité politique. Il explique sa tache au sein de service qui a soufflé sa première bougie en janvier dernier.

L’unité pluralisme de la HACA veille au respect d’une valeur nouvelle pour le royaume marocain : le pluralisme politique. Nadir Tahir, contrôleur dans cette partie du service, explique : « Notre rôle consiste à mesurer l’intervention de l’ensemble des acteurs politiques et socioprofessionnels. »
L’unité pluralisme de la HACA veille au respect d’une valeur nouvelle pour le royaume marocain : le pluralisme politique. Nadir Tahir, contrôleur dans cette partie du service, explique : « Notre rôle consiste à mesurer l’intervention de l’ensemble des acteurs politiques et socioprofessionnels. »

La HACA est le fruit d’un dahir (décret du roi du Maroc) exigeant la création d’une autorité neutre et impartiale pour accompagner le développement des radios et télévisions privés et garantir la pluralité.Le Département Suivi des programmes de la HACA (Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle) est divisé en 3 unités : l’unité télévision, l’unité radio, et l’unité pluralisme. Contrairement aux deux premières unités, qui s’occupent de l’application des cahiers des charges par les radios et télévisions, l’unité pluralisme veille au respect d’une valeur nouvelle pour le royaume marocain : le pluralisme politique. Nadir Tahir, contrôleur dans cette partie du service, explique : « Notre rôle consiste à mesurer l’intervention de l’ensemble des acteurs politiques et socioprofessionnels. »

Ce suivi s’effectue sur 15 supports (12 radios et 3 chaînes de télévision). « Nous suivons l’ensemble du pôle public plus les supports privés dont la ligne éditoriale est de faire la couverture de l’action politique et sociale », raconte Nadir Tahir. Pour ce faire, la HACA a installé, dans toutes les stations, des ordinateurs qui permettent à ses employés d’accéder aux programmes diffusés par la chaîne.

La vérification s’effectue en plusieurs étapes. Dans un premier temps, les opérateurs quantifient le temps de parole accordé aux intervenants dans les différents programmes grâce à un logiciel. Ces rapports, nommés « projets », sont ensuite examinés par les contrôleurs en quête d’éventuelles erreurs avant d’être envoyés au chef d’unité pour validation. « Nous avons ainsi des statistiques qui nous permettent de voir si les chaînes respectent bien les quotas définis par la HACA », décrit le jeune cadre.

Le référentiel : la décision 4 606

« C’est la décision 4 606 qui définit les normes à appliquer en période non électorale, informe Nadir Tahir. Elle stipule que le gouvernement, l’opposition et la majorité ont un temps de parole égale, c’est-à-dire 30 % chacun, dans les émissions qui traitent de politique (flash info, magazines politiques, etc.). Les 10 % restant sont alloués aux partis n’ayant pas de représentants à la Chambre. »

La difficulté avec cette répartition réside dans le fait que les hommes politiques portent souvent plusieurs étiquettes. Par exemple, le premier ministre peut s’exprimer soit au nom de son institution, soit en tant que chef de la majorité ou encore en tant que chef du gouvernement. Dans chaque cas, son temps de parole n’est pas décompté de la même manière. « C’est une question d’interprétation, avoue Nadir Tahir. Le contenu du discours nous permet souvent de trancher entre les différents cas de figure. Le contexte nous aide également. Ainsi, selon que le premier ministre parle dans les locaux de son parti ou dans la chambre des représentants, cela influera sur notre choix. »

En cas de non-respect des quotas par les supports durant un trimestre, ils sont invités à rattraper le retard au trimestre suivant. « Dans ce cadre, nous traitons aussi les plaintes venant des acteurs politiques dont telle ou telle manifestation n’a pas été couverte », déclare Nadir Tahir. Actuellement la HACA est en phase d’accompagnement des différentes chaînes et leur adresse seulement des recommandations à suivre afin de mieux répondre aux normes exigées. « Certains supports, notamment le pôle public fournissent de gros efforts pour respecter le pluralisme, affirme Nadir Tahir. Ils ont créé leurs propres cellules pluralité qui émettent des recommandations en interne. Cependant, le pluralisme reste encore, dans l’ensemble, une culture en cours d’acquisition. »