Pieds nus et Ao Dai exigés

Le caodaïsme est une religion née au Vietnam en 1926. La ville de Da Nang, au centre du pays, possède un temple qui s’anime quatre fois par jour…

Le caodaïsme est une religion née au Vietnam en 1926. La ville de Da Nang, au centre du pays, possède un temple qui s’anime quatre fois par jour…

Alors que la nuit tombe tout juste sur la ville, un religieux ouvre les portes du temple caodaïste. Une rangée de chaussures garde les marches de l’entrée. Passage obligé, même pour les visiteurs. Une fois pieds nus, on découvre au-dessus de l’autel une énorme sphère représentant un œil au milieu d’un soleil. «C’est notre Dieu ! » précise le religieux vêtu de blanc en pointant du doigt la boule étrange. Ce Dieu serait apparu à un haut fonctionnaire érudit, nommé Ngo Van Chieu, alors qu’il observait le soleil et lui aurait ensuite fait des révélations, devenues fondements de cette doctrine.

Bouddha, Jésus et Mahomet se tiennent côte à côte sur une fresque située au centre du temple.  Au-dessus, on peut lire en lettres d’or : « Van Giao Nhat Iy », ce qui signifie « ensemble toutes les religions ». Le caodaïsme se veut la religion idéale qui concilie les philosophies religieuses d’Orient et d’Occident. « Pour nous, il n’y a qu’un seul Dieu. » soutient l’homme de foi en rajoutant un bouquet d’encens à l’odeur ambiante. Ce Dieu n’est qu’une âme, sans apparence physique, et les caodaïstes pratiquent beaucoup la communication avec le monde des esprits.

Comme cérémonie va bientôt commencer, le religieux quitte les colonnes de coussins de prière bleu vif qui couvrent le sol, pour réapparaître quelque minutes plus tard coiffé d’un turban noir. Bientôt, une femme commence à frapper régulièrement sur une vasque de métal. Alors que le son régulier résonne dans l’édifice, deux files de croyants s’avancent, l’air grave, les yeux au sol. A droite les hommes, à gauche les femmes. Tous sont vêtus d’ Ao dai blancs (tenue traditionnelle qui s’apparente à une longue robe) et les hommes portent des toques noires ou blanches (pour les chefs).

Une fois parfaitement alignés, ils entament des gestes de prières en déplaçant les deux poings unis du front aux genoux. « Les deux mains jointes repliées autour du pouce représentent un lotus qui n’est pas encore fleuri » explique un croyant. « Dans le bouddhisme, les deux mains sont simplement accolées et représentent un lotus ouvert, forme de respect. Le caodaïsme étant une jeune religion, elle est symbolisée par un lotus en bouton. » Puis les chants et des claves viennent s’ajouter au timbre grave du « dong ». « En faisant cela, nous faisons entrer l’âme de Dieu en nous » ajoute-t-il. Certaines figures se crispent, comme chargées de douleur.

Au bout de trente minutes, les fidèles quittent le temple les uns derrière les autres, toujours imperturbables. Une fois sortis, les visages deviennent paisibles, accessibles, comme soulagés.