Paix, l’unique salut

Née il y a 2600 ans, la philosophie bouddhiste attire de plus en plus de fidèles, notamment en Occident. En Inde, ce sont avant tout les Intouchables qui se convertissent, sans doute parce que le bouddhisme prône la liberté, l’égalité, la fraternité et la justice. Et, au-delà de ces quatre vérités, il n’y a aucun Dieu.

Buddhapal Sanghapal est moine dans un Stûpa, un mausolée en mémoire de Bhimrao Ambedkar (voir encadré). Cette vocation, il l’a eue dès l’enfance : « Je voulais répandre la religion pour la cause d’Ambedkar, raconte-t-il, et me battre contre l’intouchabilité. Nous partageons tous le même sang, alors pourquoi tous ces conflits ? Le monde a besoin de gens qui peuvent enlever la souffrance des autres. »
Le bouddhisme vise en effet à atteindre le nirvana, c’est à dire la fin de toute soif. « Tout le monde regorge de souffrance, et la voie du bouddhisme permet de l’anéantir. » Or, pour stopper cette douleur, il faut éliminer le désir. Pour y parvenir, le sacrifice de soi est essentiel. L’homme est gouverné par l’avidité, l’envie d’avoir plus, toujours plus, et l’insatisfaction demeure. Il faut se détacher du corps, prendre conscience qu’il ne nous appartient pas. Et, si la souffrance subsiste, c’est que le sacrifice n’est pas réel.
« Le Moi n’existe pas, explique B. Sanghapal. Le corps naît des quatre éléments (air, eau, feu et terre) et en mourant, il y retourne. » Le nirvana ne s’atteint pas dans la mort, mais dans la vie. « Bien entendu, précise le jeune moine, les laïques mettent beaucoup plus de temps à l’atteindre. Le but est le même, la vitesse différente. »
Dans le bouddhisme, on croit aussi en la réincarnation. Toutefois, il ne s’agit pas d’une âme qui passe de corps en corps. Chaque existence diffère, unique, mais dépend d’une précédente : « Imaginez le mouvement des vagues. Dans la mer, chaque nouvelle vague naît d’une précédente. » C’est donc de sa mort qu’elle prend vie. Dans cette optique, pas d’immortalité : chaque personne, chaque moment meurt. La réincarnation est une continuité qui change, évolue et se renouvelle.
Si le bouddhisme rejoint quelque peu l’hindouisme sur la question de la réincarnation, il s’en démarque nettement au sujet de la sexualité.
« Le bouddhisme permet de sortir du conservatisme, des limites. On parle ainsi de tantra. Le tantra, c’est utiliser son corps comme un outil pour devenir éclairé. Car, dans l’orgasme sexuel, il y a du pouvoir qui peut être transformé en sagesse. »
Aujourd’hui, les bouddhistes sont relativemen peu nombreux en Inde (ils comptent pour moins de 1% de la population), mais sont près de 300 millions à parcourir le monde, diffusant encore et toujours cette philosophie.