Ouagadougou, centre culturel africain

La capitale du Burkina Faso, Ouagadougou regorge de trésors en tous genres. Centre administratif, économique et culturel du pays, de nombreux artisans et artistes y exercent leurs talents. Classée parmi les premières villes culturelles africaines, de par ses festivals de contes, de musiques et son riche artisanat, la capitale rayonne artisanalement !

Au CNAA, le Centre National d’Artisanat d’Art (un des premiers centres burkinabés), une quarantaine d’artisans exposent leurs savoirs faire et vendent leurs œuvres. Peinture Batik (à la cire de bougie), peintures aux pigments naturels, statuettes en bois ou en bronze, peintures naturelles sur tissu de coton, sacs en peau de chèvres : tout l’artisanat burkinabé est regroupé dans un seul lieu. Une manière pour les artistes de se faire connaître et vivre de leur passion. Seule contrainte pour les artistes, reverser un pourcentage de leur vente à la structure. Ce qui conduit certains à ouvrir leur propre atelier.

C’est le cas d’Adama Zoumgrana, à la tête d’un atelier familial de sculptures en bronze, en plein cœur de Ouagadougou. Ce don lui vient de son arrière grand –père, voire plus loin encore. Transmis de génération en génération, la famille (une vingtaine d’artisans aujourd’hui, dirigé par le plus ancien, l’oncle d’Adama) est réputée dans la capitale pour la qualité et la finesse de ces statuettes.

La sculpture du bronze, art incontournable burkinabé

Réaliser une statuette en bronze prend de trois à sept jours. L’artisan crée d’abord un moule en argile. Pour cela, il sculpte une forme en cire d’abeille, la plonge dans l’eau froide, puis l’entoure d’un mélange d’argile et de crottin d’âne. Après un séchage, et l’application d’une deuxième couche, la cire est fondue, et s’évacue par un trou percé dans le mélange argileux.

Ce moule sert ensuite à couler le bronze, mélange de zinc, d’aluminium et de cuivre (récupéré par exemple dans des têtes de robinet). Lorsque le liquide a refroidi, le moule est brisé, et la statue de bronze subit des finitions à la lime, puis au papier de verre. Pour finir, l’objet peut être coloré avec des patines faites en cire d’abeille et colorants naturels.

Certains personnages sont habillés, par exemple avec des sachets de plastique noirs travaillés (recouvert de cire d’abeille pour le durcir) lors de la première étape de fabrication avec la cire d’abeille. Tout ce travail est effectué sans énormément de moyens, 100% fait main, sous un soleil brûlant, dans la chaleur infernale de la fonderie. 24h sur 24, 7 jours sur 7.

Les clients d’Adama sont essentiellement des Français expatriés ou touristes, ou des Maghrébins. « C’est difficile d’en vivre, mais c’est comme ça. Des fois on gagne, des fois on perd, mais on continue notre combat. Si j’ai des enfants, je pense qu’il y en a forcément un qui héritera du talent, mais personnellement je ne l’encouragerai pas à faire le même travail que moi, car les conditions sont trop difficiles. On travaille tout le temps, même les samedis et dimanches et jours fériés et si on a des commandes, on travaille même la nuit. Un de mes frères part trois fois par an en France, pour vendre nos créations (environ 200 statuettes à chaque fois), ça nous aide beaucoup. À cela s’ajoute le problème de la concurrence et du vol permanent de cuivre (qui se négocie 4,50 euros le kilo, contre 3 euros le kilo de bronze). Mais je suis heureux et gagne ma vie grâce à mon travail. Je suis passionné et fier de ça ! »

Le Village de l’Artisanat

Un lieu clé de l’artisanat reste à évoquer : le village de l’artisanat de Ouagadougou, un espace circulaire, aux nombreux commerces ombragés, où l’on retrouve toutes les créations artisanales burkinabés. Le village est intéressant, car tout est regroupé en un seul lieu. Dommage qu’il ne s’agisse que de boutiques, impossible de rentrer dans les ateliers de fabrication !

Des artistes décalés

Trois ou quatre artistes designers de mobilier sont également installés dans la capitale, spécialisés chacun dans un style et domaine différent. Tel Dao Hassane, qui a commencé par récupérer des carrosseries de voitures pour créer des objets, avant de récupérer d’autres matières et de peindre ses créations. Son objectif : créer du mobilier (chaises, meubles, canapés, boîtes de rangement, miroirs, lits…) avec des objets de récupération des rues (tôles, fer, fil en nylon, bois…) et partager son savoir-faire avec les autres. Depuis ses débuts en 1994, il ne cesse de se développer. Une trentaine de jeunes ont été formés dans ses locaux. Ses clients sont essentiellement des Français touristes ou expatriés, mais depuis 3 ou 4 ans, les Burkinabés commencent à acheter !

« Je suis fier car j’arrive à vivre de mes créations et faire vivre. Je suis inspiré de la joie et de la gaîté des gens que je croise chaque jour ! L’inspiration me vient en travaillant. Je fais 4 à 5 choses en même temps, comme ça quand je ne suis plus inspiré sur l’une, je passe à l’autre » explique Dao.

Dao Hassane sera à Avignon, à l’occasion du célèbre festival, du 4 au 27 juillet 2014. Depuis quatre ans, il vient vendre ses créations sur le territoire français, où son art plaît beaucoup.