Omar El Jazouli, maire de Marrakech : « Marrakech n’est pas dénaturée »

Omar El Jazouli est maire de Marrakech. Une ville qu’il appelle « elle », comme un enfant chérit sa mère, et pour qui il nourrit de grandes ambitions touristiques.

Omar El Jazouli est maire de Marrakech. "La ville est en pleine expansion, mais Marrakech n’est pas dénaturée. Nous arrivons toujours à contrôler toutes les constructions. Il y a un plan d’aménagement. Les chartes communales marocaines sont des copies conformes des chartes françaises"
Omar El Jazouli est maire de Marrakech. « La ville est en pleine expansion, mais Marrakech n’est pas dénaturée. Nous arrivons toujours à contrôler toutes les constructions. Il y a un plan d’aménagement. Les chartes communales marocaines sont des copies conformes des chartes françaises »

Typo : Quels sont vos grands axes de politique, vos grands défis pour Marrakech ?

Omar El Jazouli : Marrakech est une ville touristique. L’économie est basée dessus ainsi que sur l’artisanat. Qui dit tourisme, dit environnement. Il faut de la propreté, de l’hygiène pour que les gens qui viennent ne soient pas malades. Nous devons éviter la pollution, car si notre ville est polluée, les touristes ne viendront plus.

T. : Il y a justement une augmentation de la pollution…

O.E.J. : Oui effectivement ! Nous allons installer des machines qui mesurent la pollution. Je peux vous assurer que nous n’avons pas atteint la limite maximale, mais nous le craignons fort avec le développement des voitures. Nous sommes très à cheval là-dessus, pour que les touristes ne partent pas. On plante beaucoup pour transformer le gaz carbonique en oxygène. On demande aux bus d’utiliser du gasoil propre. On évite que les motos soient à deux temps, c’est-à-dire à l’essence mélangée avec de l’huile, car c’est très polluant. Les motos sont un moyen de transport très utilisé, alors nous essayons de transformer ces vélomoteurs essence en vélomoteurs électriques.

T : Mais comment allier tourisme et environnement ? Les touristes génèrent des déchets, ils font donc partie de ce processus polluant !

O.E.J. : Nous sommes équipés, pas de soucis. Le touriste, il arrive avec ses qualités : de l’emploi est généré, qui profite à l’activité économique, et aide à la prospérité de la ville. Mais il arrive aussi avec ses défauts. Il a envie de s’amuser, cela aboutit parfois à certaines choses répréhensibles…

T : Quelles choses répréhensibles ?

O.E.J. : Un touriste dans un riad, sur la terrasse, il bronze tout nu, ça ne choque pas l’Européen, mais ça choque le Marocain. Nous demandons un respect. Au Maroc, les terrasses sont un lieu de communication pour les femmes. Si quelqu’un bronze tout nu, ça gêne. Les touristes sont dans un pays qui a des mœurs différentes, il faut les respecter.

Omar El Jazouli est maire de Marrakech. Une ville qu’il appelle « elle », comme un enfant chérit sa mère. Il est fier d’être aux commandes de la ville que il aime et de pouvoir faire ce que il souhaite pour elleT. : Dans le Guéliz, les constructions poussent comme des champignons. Comment allez-vous contrôler cette expansion pour qu’elle ne devienne pas anarchique ?

O.E.J. : La ville est en pleine expansion, mais Marrakech n’est pas dénaturée. Nous arrivons toujours à contrôler toutes les constructions. Il y a un plan d’aménagement. Les chartes communales marocaines sont des copies conformes des chartes françaises.

T. : Et le fait que beaucoup d’étrangers achètent ici, c’est bien ?

O.E.J. : C’est moi qui ai initié cette démarche, donc j’en suis forcément fier. Ma famille est implantée depuis cinq siècles à Marrakech. C’est la ville qui brasse le plus de civilisations. Le type arabo-andalou a influencé l’architecture locale. Les riads ont ce style. C’étaient de grands bourgeois qui avaient ces maisons, mais après, faute d’héritiers, elles sont tombées en ruine. J’ai permis à des étrangers de les racheter et de les transformer en maisons d’hôtes. Je suis très content que ça marche bien. Ça a sauvé l’architecture ! La plupart des acheteurs sont des Français plus quelques Anglais. Ils ont fait appel à des artisans d’ici. Chacun déploie son savoir-faire et fait appel aux jeunes. Puis l’entrepreneur meuble le lieu à l’ancienne. Et, quand il a fini, il embauche 4, 5, 6 personnes. Il y a environ 1 000 commis voyageurs qui amènent des clients ici. Ajoutez les festivals du cinéma à cela et Marrakech est vraiment une destination intéressante.

T. : Vous parlez du festival du cinéma, est-ce que vous voudriez que Marrakech devienne une capitale culturelle ?

O.E.J. : J’aimerais bien. J’ai veillé à installer des infrastructures, maintenant on s’occupe de donner une dimension culturelle. Nous allons créer des musées. Marrakech a été autrefois capitale d’un empire qui s’étendait du Sénégal aux portes de Madrid et l’Algérie. C’était donc immense. Nous voulons faire connaître le rôle qu’elle a joué.

T. : Quelles mesures pour tous les problèmes de handicap ? On voit beaucoup de personnes se déplacer en fauteuil roulant…

O.E.J. : On a mis des passages pour handicapés sur les voies principales. Il n’y a pas que les handicapés moteurs, il y a aussi les aveugles, les sourds… Il y a un budget pour que, d’ici un ou deux ans, des aides soient débloquées pour eux. Ça, c’est le budget de la municipalité. Des cinémas accessibles par exemple. J’ai tous les plans qui sont déposés en mairie. Je vais exiger de faire des couloirs pour qu’ils circulent.

T. : Votre plus grande fierté en tant que maire ?

O.E.J. Je suis fier d’être aux commandes de la ville que j’aime et de pouvoir faire ce que je souhaite pour elle.

L’interview a duré 1 heure. D’autres éléments de réponse à nos questions ont été introduits dans d’autres articles, comme lescyberparcs de Marrakech, une fierté du Maire.