Nucléaire en manque de réels débats

Le nucléaire est une grande source de questions avant d’être une véritable source d’énergie (seulement 7 % de la production mondiale d’électricité). En France, où elle est l’énergie majeure, les débats ne sont pourtant pas nombreux et souvent assez opaques. Dans le but d’éclaircir la situation, des élèves de secondes du lycée Niepce, dans le cadre d’un projet Comenius, ont, dans un premier temps, donné la parole à M. Cordier, vice-président du Conseil Régional et militant vert. Ils ont ensuite interviewé un pronuclaire (voir notre site).

Alain Cordier, vice-président du Conseil régional, parti vertDes conditions de mise n’œuvrent pas forcément démocratiques

L’intervention de M. Cordier commence les 6 et 9 août 1945. Ces deux dates tristement célèbres (Hiroshima et Nagasaki) marquent la victoire décisive des États-Unis contre le Japon. « L’événement a marqué l’esprit des hommes politiques d’après-guerre, assure le vice-président du Conseil Régional. Ils étaient persuadés qu’il fallait doter le pays de l’arme nucléaire. » Le programme est lancé dans les années 70.
« L’industrie nucléaire n’aurait pu être lancée sans les conditions propices que lui ont offert les gouvernements de l’époque, explique M. Cordier » La première de ces conditions est la dispense accordée à l’industrie nucléaire de posséder une assurance. « Quand un industriel s’occupe de produits dangereux (gaz naturel, engrais, etc…), il est obligé d’être assuré, raconte M. Cordier. Si jamais un incident grave survient, il doit trouver des réassureurs qui touchent des primes importantes afin de rembourser les conséquences Aucune de ces assurances n’acceptent de prendre le risque d’assurer l’industrie nucléaire. » Il a donc fallu introduire une exception dans la législation pour surmonter ce problème. Actuellement, si l’industrie nucléaire commet des dégâts, elle n’en sera jugée responsable que jusqu’à un palier de 300 millions d’euros.
Selon M. Cordier, il aurait été également impossible d’installer le nucléaire si le choix s’était fait de manière démocratique. « Il n’a pas eu lieu à l’assemblée française en présence de différentes alternatives comme il se devait, décrit M. Cordier. C’est la volonté de quelques politiciens. » Une majorité des Français reste, d’après les sondages, convaincue que l’énergie nucléaire est néfaste.
Encore aujourd’hui débattre sur la question du nucléaire est difficile. Il y a 1 an et demi, la DST (Direction de Surveillance du Territoire) a effectué une perquisition de 5 heures au domicile Stéphane Lhomme, porte-parole du réseau « Sortir du nucléaire » regroupant 650 associations contre le nucléaire. Ce dernier a ensuite été mis en garde à vue. La ligue des droits de l’homme a dénoncé la volonté d’empêcher le débat et de museler la liberté d’expression. « Nous ne sommes pas dans une situation d’égalité, affirme M. Cordier. Nous sommes face à un monopole d’État très puissant possédant de nombreux moyens de propagande. Pour les antinucléaires, il est dur de se faire entendre dans les médias et d’accéder à l’information. Nombre de choses sont classées secret défense dans ce domaine. »
Le 3ème pilier fondateur de l’industrie nucléaire est le monopole d’État qu’est EDF. Sans cet atout qui est en quelque sorte le moteur de cette industrie, elle n’aurait pu démarrer. « Dans un premier temps, l’énergie nucléaire n’avait pas pour but d’être rentable, relate M. Cordier. Ce qu’on voulait, c’est être maître du nucléaire. L’exemple de Super Phœnix le montre bien. Cette centrale abritant un super générateur qui a tourné pendant des années coûtant des millions de francs sans fournir plus de quelques mois d’électricités. » Il a fallu attendre l’arrivée de l’alliance PS – Verts au pouvoir pour que la centrale soit fermée.
Centrale nucléaire de Crusar en construction (1982) (crédit photos : www.flickr.com)« J’ai du mal à choisir l’inconvénient le plus grand »
Sur ce point, le vice-président du Conseil Régional est clair : le nucléaire est une énergie trop beaucoup contraignante et dangereuse. « Imaginez-vous qu’un Boeing 747 s’écrase sur une centrale (soit parce que c’est une attaque terroriste, soit à cause d’une panne), remarque M. Cordier. L’enceinte de confinement de cette dernière est faite pour résister au choc seulement avec un petit avion. On aurait alors une catastrophe sans précédent qui rendrait une région inhabitable pendant des siècles, ferait des milliers de morts, etc… Connaissant ce risque, est-ce qu’un homme politique élu pour un mandat de 5 ans peut engager l’avenir d’une région pour des siècles ? » La question laisse pensif.
Mais loin de ces théories catastrophiques se pose encore un problème majeur : la question du retraitement des déchets. Ces derniers ont une période (laps de temps durant lequel leur radioactivité baisse de moitié) qui s’étend de 15 jours à plusieurs millions d’années. Là encore, M. Cordier questionne : « De quel droit pouvons-nous dire aux milliers de générations à venir : nous consommons et vous allez devoir vous occuper de nos déchets ? »
Le dernier chef d’accusation est la dangerosité de la dissémination. Selon M. Cordier, à chaque fois que l’on implante l’industrie nucléaire civile dans un pays totalitaire, celui-ci accède à la bombe nucléaire quelques années plus tard. « Dans les pays où le débat est vraiment libre, le nucléaire est refusé et dans les dictatures, cela leur permet d’asseoir leur pouvoir. » Alors de ce point de vue, à quoi sert le nucléaire ?

Au moment où le prix du pétrole flambe, en dépassant les 100 dollars, peut-on vraiment se passer en France du nucléaire ? Y a-t-il d’autres alternatives, recouvrables, respectueuses de l’environnement ? Les Verts ont bien sûr des réponses… À lire sur notre site www.typomag.net. Également sur notre site le point de vue des pros nucléaires pour qui le nucléaire en France est sûr… Également les vidéos des 2 interviews.

À signaler aussi sur le site un article sur les réacteurs de la 4ème génération qui selon Monsieur Bouchard est la solution d’avenir pour répondre à nos besoins croissants en énergie (Conférence UTB – village des sciences – octobre 2007)

 

Interviews réalisées par les élèves de seconde du lycée Niepce qui présenteront ces 2 points de vue à leurs camarades anglais en avril (voir sur le site notre article paru en janvier dans ces colonnes)