Nord et Sud : qui maîtrise vraiment l’informatique ?

L’e-Education : vaste sujet ! C’est pourquoi pas moins d’une journée de débats est consacrée à ce thème dès le début du Salon de l’Education.

Débats sur l’e-Education

Chaque visiteur peut trouver son bonheur au vue des approches diverses et variées qui sont proposées : techniques avec les  » Technologies de l’information et de la communication  » (TIC),  » Pourquoi les portails et comment se servir d’un portail sur Internet ? « , philosophiques avec  » L’école peut-elle éduquer à et dans la société de l’information sans y perdre son âme ?  » ou encore  » L’école, un nouvel eldorado ? « , sociales avec  » Une nouvelle chance pour la formation à distance ?  » et  » Comment la révolution de l’information peut-elle être une chance pour les pays du Sud ? « .
Mené par Sylvain Allemand, le débat a réuni Vera Lucia Weil, représentante du Brésil, Annie Chenaux-Loquay, directrice de recherche au CNRS (centre national de recherche scientifique), et Claudine Bourrel, chargée de mission pour le ministère des Affaires Etrangères, toutes deux spécialistes de la question africaine, et Bernard Loing, ancien directeur du CNED (centre national de l’enseignement à distance) et instigateur d’une station radio numérique à vocation éducative dans les pays francophones d’Afrique.
Chacun a apporté un éclairage particulier au problème soulevé. Mme Weil a exposé tout d’abord la situation à Sao Paulo, capitale du Brésil, où a eu lieu depuis 1985 une réorganisation totale du système éducatif qui a entraîné une forte informatisation au niveau scolaire. Chaque école est équipée en moyenne de dix ordinateurs. Un important effort de formation et d’accompagnement des professeurs a aussi été accompli. En effet, la technologie ne fait pas tout, encore faut-il savoir s’en servir. La même conclusion ressort de l’exposé de Mme Bourrel sur l’Afrique : la révolution de l’information n’est  » pas qu’une affaire de matériel, c’est aussi une affaire de personne « .
Cependant, il reste encore beaucoup à faire, comme le montre, cartes à l’appui, Mme Chenaux-Loquay. En effet, en Afrique, très peu de familles possèdent ne serait-ce qu’une ligne téléphonique. Les campagnes ne sont quasiment pas équipées et le taux d’accès à Internet reste très faible.
Toutefois, M. Loing rappelle qu’Internet n’est pas le seul vecteur d’information et d’éducation. Preuve en est la station-radio numérique à vocation culturelle qu’il a mis en place en association avec cinquante pays francophones qui diffuse sur toute l’Afrique.
Mais on peut se demander, comme l’à fait remarquer un membre du public, si l’informatisation des pays pauvres ne va pas mener à une dépendance commerciale vis à vis des pays riches, qui seuls disposent des moyens de productions de logiciels et de matériel. La réponse à cette question a pris une tournure inattendue : la notion de fétichisme ne serait plus appliquée aux Africains, mais aux habitants des pays industrialisés qui idolâtreraient l’ordinateur. Alors que les premiers ne s’en servent que pour ses fonctions les plus utilitaires (courrier électronique, commerce, liens entre chercheurs,…). Les seconds le considèrent comme le  » sauveur de l’humanité « , rêvant d’une  » société désincarnée  » où l’échange oral n’aurait plus lieu d’être.
Cette conclusion donne à réfléchir à la place qu’a pris l’ordinateur dans notre société, sans qu’on s’en rende compte, et au rôle qu’on veut le faire jouer dans le futur.