Mon carnet de bord

Je rentre à peine dans la vie étudiante et me voilà de l’autre côté de la Méditerranée, en Terre Sainte, pour la première fois. Une expérience unique et forte en émotions.

17 août : Des premiers pas intrigants

Le drapeau d'Israël 

L’incompréhension s’installe. Je m’attendais à me retrouver dans un pays en guerre où les militaires sont quasi omniprésents, mais à part les quelques jeeps zigzaguant entre les dromadaires, aucune trace de conflit. Dans un paysage sec, plat et rocailleux où poussent malgré tout fèves, blé et maïs, la modernité est là : autoroute à 2×2 voies, MacDonalds… Ici, le calme règne. Mais en plein désert, cela ne serait-il pas simplement un mirage ? 

 

 

18 août : A Hébron, le mirage s’efface

 

Les conflits et l’insLes rues d'Hébron... videstabilité se font ressentir. On croise de plus en plus de soldats en bordure de route. De grands panneaux à l’entrée des villes palestiniennes interdisent aux Israéliens d’y pénétrer. À Hebron, Juifs et Palestiniens ne se mélangent pas, les attentats de 1994 sont toujours dans les esprits. Cette séparation est d’autant plus nette que les militaires empêchent la libre circulation d’une zone à l’autre et les check points en sont un exemple flagrant. Un certain malaise s’installe. Dans le souk, c’est un autre monde. On vit comme si de rien n’était : de l’agitation, du bruit… On est pris dans la foule.

 

19 août : Un couvent cinq étoiles

 

La vue sur Bethléem, depuis le couvent
La vue sur Bethléem, depuis le couvent

En fin de journée, je prends le car, avec quatre camarades, pour Bethléem. Une fois montée dans le bus, la chaleur et la promiscuité m’étouffent. Aucune place de libre, je me prépare à passer une longue demi-heure de trajet, debout dans l’allée centrale. Je me tiens à côté d’un homme d’une trentaine d’années, assis, lui. Dans la foulée, il m’offre sa place. Eh oui, ici, quand une jeune fille se retrouve debout dans un transport en commun, il est de coutume de la laisser s’assoir! Un geste rafraîchissant! J’arrive chez les sœurs pour passer la nuit. Et là, deuxième choc. Certes, les sœurs portent leurs habits de religieuses et les allusions à Dieu sont omniprésentes mais le décor est loin de celui d’un couvent… Je me croirais, dans un hôtel de luxe: architecture alliant l’ancien au moderne, propreté, etc. J’ai comme l’impression que ce séjour à Bethléem va me changer les idées…

20 août : D’aventures en aventures

 

Au check-point de la honteEn effet, le lendemain, notre réveil sonne  à 4 heures et c’est les yeux encore à moitié fermés que je pars à pied avec mes quatre camarades, en direction du check point. Un lever difficile mais motivant. Dehors, il fait déjà chaud et lourd. Une fois sur place, je suis d’abord impressionnée par l’infrastructure mise en place puis un peu de stress m’envahit. Je n’arrive pas à m’imaginer ce qui nous attend. Une fois dans la file, je me rends compte que je suis dans celle des hommes. Le stress monte encore : que dois-je faire ? Rester avec eux ? Changer de file sous les yeux des militaires ?  Je décide finalement assez rapidement que je ne changerai pas. Plus loin, je me cache derrière deux camarades en passant devant deux soldats. Ce système de files, de grilles et de détecteur de métaux me choque. Des contrôles incessants et astreignants, pour des centaines de personnes déjà « prisonnières » du mur. Une fois passée de l’autre côté, le stress retombe, et d’un coup, je me sens libérée. Cette expérience valait le coup de s’être levée tôt.

Dans la soirée, avec l’ensemble du groupe de pèlerins, je vais voir l’ouverture du shabbat à la synagogue. Le rabbin, deux jeunes filles et une femme animent la célébration avec de nombreux chants tous joyeux et entraînants. Les trois possèdent de magnifiques voix et, parfois, l’assemblée les accompagne en frappant des mains. C’est pour moi un moment fort, émouvant et très agréable. J’en ressors heureuse.

21 août : Sable et mer : un air de vacances.

 

Ce matin, direction le désert de Judée, à mi-chemin entre Jérusalem et la mer Morte. Le paysage est à couper le souffle. Chacun s’isole afin de prendre le temps de méditer. Malgré la chaleur, je me sens libre et détendue. Je pourrais y rester des heures.

La mer la plus basse du monde propose une expérience inédite: la salinité élevée permet aux baigneurs de flotter sans se forcer. Cependant, l’eau est si chaude qu’elle ne permet pas de se rafraîchir et le sable et les cailloux sont brûlants. Certes, ce n’est pas idéal, le mercure atteint les 45° mais je trouve que cette sortie exceptionnelle est malgré tout bien sympathique.

22 août : Rencontre avec un nouvel État

Le tombeau de Yasser Arafat, à Ramallah
Le tombeau de Yasser Arafat, à Ramallah

 

Je comprends vite pourquoi Ramallah est souvent oubliée des guides touristiques. Bien que les rues du centre-ville soient grouillantes de monde, les boutiques sont peu engageantes et le siège de l’Autorité palestinienne me paraît sombre. Deux endroits méritent toutefois le détour : les tombeaux de Yasser Arafat et de Mahmoud Darwich, car très sécurisés, solennels et somptueux. L’importance de ces figures incontournables de la jeune histoire de ce pays ressort très nettement dans ces lieux.

En fin de matinée, pendant la messe à Bir Zeit, quelque chose m’a surpris : la communion. Ici, la coutume veut que le prêtre trempe légèrement l’hostie dans le vin puis la donne directement dans la bouche des communiants sans qu’ils aient eu le temps de dire « Amen ».

Après le repas, direction Nazareth. Le chemin est long et éprouvant. Avant d’arriver, un embouteillage se forme. Un robot impressionnant et très moderne de l’armée israélienne est là, sur la route, pour désamorcer un colis suspect. Pas d’explosion mais encore une démonstration de force israélienne.

23 août : Détente et réflexion

Sur le lac de Tibériade 

Au programme ce matin: un tour en bateau sur le lac de Tibériade. Je me suis assise à l’avant et je peux voir ainsi tantôt l’étendue d’eau, tantôt le reste du groupe resté plus en arrière. Entre le soleil, le clapotis des vagues et, plus tard, la musique et les chants, c’est un moment magique. Dans l’après-midi, après plusieurs visites et beaucoup de temps passé dans le bus, la fatigue commence à se faire sentir. Mais un instant m’a tout particulièrement touchée et requinquée : le temps de prière, les lectures et le chant d’Éliane dans la basilique de l’Annonciation. La journée se termine enfin comme elle a commencé, sur un très bon moment, touchant et captivant: les témoignages de gens du voyage.

 

24 août : Un pré-retour en occident

 

Tel-AvivChangement radical de décor à Tel-Aviv, la fameuse « New York de la Méditerranée ». À mon avis, ce surnom n’est pas usurpé. Les gratte-ciel font face à la mer, l’autoroute se sépare en innombrables bretelles. Sur le littoral, les locaux parfont leur bronzage. Bref, tout dans cette cité me rappelle le confort des mégapoles européennes. J’en oublierais presque la multiplicité des langues que j’ai entendues au détour des rues. Le soir, retour à Jérusalem avec un choc : les différences entre les deux villes, les modes de vie, etc. Finalement, Israël abrite des paradoxes. Comment ce pays peut-il tolérer l’extravagance de Tel-Aviv quand, en même temps, les ultraconservateurs paralysent toute avancée culturelle ou politique ?

25 août : Au cœur du paradoxe

 

Comme à l’habitude, la journée de visites commence avec des militaires. Nos sacs sont passés aux rayons X et nous, sous un détecteur de métaux. L’esplanade des Mosquées est située en plein cœur de la capitale et pourtant, côtoyant les soldats, on y trouve peu de monde. Voir le Dôme du Rocher de si près est impressionnant.

Je me retrouve ensuite devant le mur des Lamentations. Les femmes et les hommes y sont séparés. Je ne suis pas à mon aise en voyant toutes ses femmes collées au mur, le visage dans la Torah, une main posée contre la pierre. Puis elles regagnent la sortie en reculant, sans tourner le dos au mur. Du côté des hommes, il y a plus de place, certains discutent, et dos au mur. Étonnement et incompréhension.

Alors que je sors d’une Esplanade des Mosquées quasi-déserte, je trouve une foule étouffante au Saint Sépulcre. Il y a 45 minutes d’attente pour accéder au tombeau du Christ. Mais je doute, comment être sûr, 2000 ans après, de sa véracité ?

L’après-midi, temps libre : direction les souks. Le décalage avec la France est frappant. On se promène, on regarde, on négocie jusqu’à parfois diviser les prix par trois… C’est une atmosphère plutôt chaleureuse, je suis heureuse d’être là.

26 août : Devoir de mémoire

 

La Shoah, bien qu’achevée il y a un plus d’un demi-siècle, obsède toujours autant Israël. À Yad Vashem, elle est magnifiquement commémorée, dans un musée résolument moderne et… gratuit, preuve que les locaux veulent toucher un maximum de personnes. Au début, je considérais cette visite comme une énième redite de mes livres de lycée sur les déportations. Or, j’en suis ressortie dérangée. Je revois encore les chaussures des Juifs prises de force par les nazis, les restes de wagons… Le musée est très interactif et la multiplicité des supports m’a permis de mieux entrer dans le sujet.

27 août : J’y retournerai

 

Comme tous les jours, les pèlerins montent dans le car. Comme tous les jours, je regarde les rues de Jérusalem. Et là, Ramzi, notre guide, lance au micro : « Dernière vue sur la Maison d’Abraham. » J’ai déjà un pincement au cœur en repensant à tous ces instants inoubliables vécus ici.

Me voilà maintenant nostalgique lorsque j’aperçois Tel-Aviv par le hublot au décollage de l’avion.

Arrivés à Chalon, les bonjours timides du 17 août ont été remplacés par des au-revoir chaleureux.

Un merveilleux voyage s’achève.

J’y retournerai.