Mademoiselle chante le créole

Isabelle Boyer Figuin, alias Iza, revient après douze années de silence avec l’album « Cilaos ». Cette éternelle adolescente assume désormais son identité créole.

Une longue robe multicolore, une paire de tongs noires, des cheveux bruns mi-longs et frisés. A 36 ans, Iza affiche et revendique ses origines créoles. C’est le credo de son album « Cilaos ».  Avec cet album « tout en créole », comme elle le dit, sourire aux lèvres, « c’est comme si je renaissais ». Dans ces chansons écrites sur mesure par le musicien Davy Sicard, la jeune femme a trouvé ce qui lui correspondait. « Avec cet album, je retrouve mes racines, les Hauts de l’île, le créole, et je peux les faire partager et découvrir aux autres », confie la chanteuse.

 

Une renaissance

Cilaos… Le nom, déjà, évocateur. C’est le lieu où Iza a vécu durant son enfance – dans les Hauts de l’île. Les textes ensuite. Son extrait préféré fait partie de la chanson Not Kozé (Notre langue, ici, le créole, NDLR.) : « Jordu gèt amwin mi viv an tèlkesé, Kinport kwésak le monn i va pansé, sak lé inportan sé ma libèrté ». « Aujourd’hui, je me dévoile telle que je suis, peu importe ce que les gens peuvent penser, le plus important c’est ma liberté ». Finie la longue période où Iza était une autre, chantait de la variété, se forçait à parler français parce qu’elle avait honte de son accent créole. Elle est redevenue elle-même. « Regardez comme je suis aujourd’hui, je m’habille comme je veux, très simplement, je n’ai plus aucun complexe. Si vous voulez, on continue l’interview en créole », rigole la chanteuse. Ce style retrouvé est une chose qui plaît dans le monde musical réunionnais. « Iza fait partie d’une nouvelle vague d’artistes qui travaillent la mélodie et les textes dans la tradition tout en s’ouvrant au monde avec des musiques qui s’étendent et s’exportent », s’enthousiasme Alain Courbis, président du Pôle régional des musiques actuelles de la Réunion (PRMA).

Après avoir enchaîné plusieurs concerts au mois d’août au festival populaire « le Sakifo », Iza doit préparer, avec l’appui de son mari, ses prochaines interventions en métropole pour la sortie de Cilaos le 13 octobre prochain. Concerts, séances d’autographes, publicités. « Le moment sera vite là et j’espère être bien accueillie en métropole », lance Iza, les yeux pleins d’excitation.

 

La chanson très jeune

« La musique est venue vraiment pas hasard », confie Iza. La jeune femme chantait dans un petit groupe. « De la variété française dans l’orchestre du case de Cilaos », se souvient-elle. « Un commerçant m’a entendu une fois chanter et a décidé de financer mon 45 tours ».

 Un 45 tours de variété française ? Difficile de comprendre comment une chanteuse qui, aujourd’hui, revendique le créole et la culture de son enfance, pouvait chanter à l’époque de la variété… « C’était une période assez difficile, lance l’artiste. Avant, je ne parlais pas le français correctement. Et dans les Hauts de l’île, les gens ont un accent très fort. Je sentais que l’on se fichait de moi quand je parlais ». Iza en souffre au fond d’elle. Pendant longtemps, elle  incarne une autre personne. Elle se force à parler un français correct, à se vêtir sobrement en public, délaissant peu à peu ses origines.

Après ce 45 tours, elle rencontre Jean-Max Figuin, maçon, comme son père. Elle a 17 ans et arrête la musique pour fonder une famille. Elle s’installe à St-Denis, dans les Bas de l’île et ouvre son salon de coiffure.

 

« Et si je remettais ça »

Un beau jour, la jeune femme confie à son mari son envie de faire son retour dans le monde musical pour « essayer ». Il la soutient, et devient même son agent. « Il fallait que je prenne des cours de chant. Au bout de 12 années, cette petite remise à niveau était nécessaire », rit la chanteuse. Elle rencontre Davy Sicard, l’ambassadeur de la musique réunionnaise, qui lui écrit son deuxième album « Iza Eponyme ». « A ce moment, je ne me sentais pas encore prête à parler en créole, tout allait trop vite. Et puis, je ne sais pas vraiment comment il est venu, mais il est venu », s’exclame la chanteuse en parlant du « déclic » comme elle dit, qu’elle a eu, un beau jour. Comme une voix qui lui rappelait ses origines enfouies au fond d’elle même. « Je me suis dis, ça y est, maintenant je suis prête. Il faut que je chante mon enfance, du maloya en créole », continue la chanteuse. Chose faite. Un prochain album suivra dans le courant 2011. Nouvelle étape pour l’artiste puisque celui-ci sera écrit par ses soins.