Lutte pour l’Indépendance. Souvenirs de vétérans

Dans la nuit du 14 au 15 août 1947, au douzième coup de minuit, le drapeau tricolore vert-blanc-ocre est hissé. C’est la fin de deux siècles de domination Britannique, l’Inde accède à l’indépendance. Nava Kaal et son épouse, Nivedita Pinglay, se souviennent des événements qui ont jalonné la lutte pour l’indépendance, lutte à laquelle ils ont participée.

Nava Kaal et Nivedita Pinglay qui tient le certificat du gouvernement indien reconnaissant son engagement dans la lutte pour l’indépendance“En regardant en arrière, nous sommes fiers d’avoir pris part à la révolution et la jeune génération est fière de nous” raconte Nava Kaal, 83 ans. La fierté donc, est le sentiment partagé par ce couple de résistant. Nivedita Pinglay, modeste, ne parle pas beaucoup mais à la demande de son mari, elle montre le certificat du gouvernement indien qui reconnaît son engagement dans la lutte pour l’indépendance. À ce titre, elle reçoit une pension du gouvernement, environ 100 euros par mois.

Mariés en 1949, Nava Kaal et Nivedita Pinglay ont participé chacun de leur côté à la lutte contre les Britanniques. «Il s’agit d’un mariage arrangé qui a bien tourné, puisqu’il s’est avéré que nous avions les mêmes idées» glisse Nava Kaal.

Nava Kaal rentre au Wilson college en 1942. Son plus grand souvenir restera certainement la gifle administrée à un professeur Britannique pour “les mauvaises choses qu’il avait dites sur Gandhi.” Intéressé par la politique, il décide de s’orienter vers le journalisme et écrira pendant 25 ans dans un journal marathi de Bombay.

La gifle marque en quelque sorte son entrée dans la lutte contre l’indépendance. Il faut dire que sa famille est déjà engagée?: “Mon père et mon oncle combattaient pour la liberté et ont été en prison pour la défendre.” Son grand-père affichait ses convictions en se rendant au travail avec le chapeau de Gandhi sur la tête et “il était prêt à démissionner si le patron s’était avisé de le lui interdire” précise Nava Kaal.

 

De la résistance armée à la non-violence

 

Nava KaalDans un premier temps, Nava Kaal se rallie à Subhash Chandra Bose, un leader de la lutte pour l’indépendance qui estimait que la tactique de non-violence de Gandhi serait insuffisante pour obtenir le résultat souhaité, et prônait la résistance armée. “J’étais jeune et j’ai cru à la libération par le moyen de la violence.” Il raconte comment, un jour, il a transporté une bombe dans son sac, puis, gêné par l’aveu, s’empresse d’ajouter qu’il ne connaissait pas alors le contenu du sac.

Après avoir rencontré un groupe de socialistes du Congrès, il rejoint les partisans du Mahatma Gandhi avec le changement de méthode que cela implique. Il fallait dorénavant faire face aux brimades des Britanniques en s’abstenant de toute réponse violente?: “Durant des manifestations, j’ai simplement reçu des coups de bâton derrière la tête mais j’ai vu d’autres groupes de personnes tués par balles.”

Gandhi recommandait également la désobéissance civile?: “Nos activités consistaient à distribuer des prospectus anti-britanniques alors que la censure sévissait. Je filais également le coton moi-même.” Ces activités, risquées à l’époque, lui vaudront quinze jours de prison.

Il assiste régulièrement à des discours de Gandhi, dans sa maison à Bombay. Aujourd’hui transformée en musée, on peut la visiter. Une multitude de photos recouvrent les murs de l’escalier principal. Des scènes avec des figurines reconstituent les étapes clés de la vie de Gandhi. Sa chambre est restée en l’état et on peut y apercevoir le charkha, rouet artisanal utilisé par Gandhi pour filer le coton.

Nava Kaal se trouve également à proximité du Mahatma Gandhi lors de son appel “Quit India” du 8 août 1942. À la suite de cet appel pour une indépendance immédiate de l’Inde, le 9 août 1942, Gandhi et tout le comité dirigeant du Congrès sont arrêtés à Bombay par les Anglais.

 

En prison

 

Carte d’anciens combattants du coupleUn des objectifs fréquents des campagnes de désobéissance civile de Gandhi était de remplir les prisons. Gandhi passera six ans de sa vie en prison. Nivedita Pinglay y passera un an et demi. Elle y a écrit des souvenirs?: “Les femmes fabriquaient des vêtements pour les criminels. Puis un jour, nous avons refusé d’obéir car cela rendait service aux Britanniques. Ils nous battaient alors comme des bêtes. Il fallait du courage pour résister?!”

Toutes les anecdotes ne finissent pas bien. “Un enfant de 14 ans est monté sur les barrages en proclamant?: “Vous pouvez me tuer?!” Et ils l’ont tué, froidement” raconte tristement Nava Kaal.
Finalement, grâce aux efforts tenaces du Mahatma Gandhi, l’Inde accède à son indépendance tout en subissant la partition qui devait donner naissance à un autre État pour les musulmans, le Pakistan. Une séparation lourde de conséquence et mal vécue par le couple?: “Les Britanniques nous ont divisés alors que nous étions des frères?!”