Les parapluies de Sainte-Gudule****

Quel bonheur de retrouver le duo Deneuve/ Depardieu sous l’égide du très bon Ozon. Mais Potiche, en dépit de facilités comiques, a bien plus que cela à faire valoir. So seventies.

Peut-on considérer qu’un film qui vous fait écouter une musique ringarde en sortie de salle est une réussite. Tournée faisait l’effet d’une bombe avec sa BO classe. Plus kitch, le nouveau François Ozon réussi à réconcilier le spectateur avec les horreurs sonores de Michelle Torr et Il était une fois. Il faut dire que dorénavant, on associera Viens faire un tour sous la pluie avec Deneuve et Depardieu en soirée, scène à l’émotion et la poésie splendide. On convoque alors les souvenirs tendres d’un des plus grands couples du cinéma français ; le dernier métro,les temps qui changent mais plus que tout Je vous aime.

 Alors quand Potiche réuni ces deux monstres (au sens tendre) dans une comédie de boulevard, on se délecte. D’autant que le métrage délaisse alors son second degré et sa cocasserie scénaristique. Ozon s’envole, là où il n’y parvenait pas dans 8 femmes. Le cinéaste impressionne plus par ses « petits » films, tendres, près des êtres, tel Les amants criminels et Goutte d’eau sur pierre brulante. Ici, il combine ces aspects d’auteur à un talent pour la comédie populaire. Potiche offre à revoir une époque sur un ton léger et subtil teinté de sentiments aussi ambivalents que dévorants.

Potiche, de François Ozon, avec Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Fabrice Luchini (Fra., 1h50, 2010)

Toutes les critiques d’Alexandre Mathis sur son blog

[note:4] Reste que les références trop lourdes endiguent une légèreté en cours de route. À quoi bon convoquer les insultes de Sarkozy et le tailleur de Royal ? On oscille entre petites pépites dans les dialogues (notamment la composition d’une Judith Godrèche en réact’ savoureuse) et une facilité un peu décevante. Alors en tant que pastiche du monde contemporain, Potiche ne convainc guère. Le premier degré de mise séduit tellement plus. À savoir ce portrait d’une société déjà en crise, déjà à séquestrer les patrons. Les négociations syndicales et politiques en racontent beaucoup. Tout comme le look des personnages. Depardieu est une déclinaison de Bernard Thibault, Jérémie Regnier absolument parfait – fait penser à un Claude François prisonnier d’un épisode de Scoobidoo, Karine Viard est une secrétaire tête à claque idéale et Luchini s’incarne en crapule patronale qui n’a pas honte de le rester.

Dommage que l’espèce de morale matriarcale (en gros un patriarcat plus doux mais en rien une égalité des sexes) un peu bateau ne donne finalement pas tant dans le féminisme. Mais les évolutions de tous ces personnages montrent la naissance de la sociale-démocratie. Celle des soixante-huitards fatigués, des gaullistes vaguement progressistes. Potiche montre les prémices de la victoire mitterrandienne et du monde politique mou où la lutte des classes ne veut plus dire grand-chose. Un vrai monde de potiches quoi.