Les Japonais appelés aux urnes dimanche

Panneaux électoraux - élection du député - région de TokyoLe Japon vient de vivre une semaine agitée. Mercredi, le missile nord-coréen survolait les îles méridionales d’Okinawa, réveillant de vieilles tensions avec le gênant voisin communiste ; jeudi, un avion chinois passait au-dessus des îles Senkaku, administrées par le Japon, mais revendiquées par la Chine. Pour Pékin, le timing était parfait : le 13 décembre coïncide avec la commémoration des 75 ans du « massacre de Nankin », durant lequel les soldats nippons tuèrent entre 40 000 et 200 000 civils chinois. Aux yeux de Tokyo, c’est une « nouvelle provocation. », d’autant que c’est la première violation de l’espace aérien national depuis 1958 !

Le climat n’est donc pas le plus propice à l’aube de nouvelles élections qui risquent bien de provoquer un nouveau changement à la tête de l’État. Dimanche, les Japonais de plus de 20 ans sont appelés aux urnes. Les électeurs déposeront dans l’urne 2 bulletins, l’un pour choisir le député, l’autre pour un des partis japonais. En effet, 300 députés sont élus par le premier biais; 120  députés le sont par le second à la proportionnelle. Les 480 membres de la Diète, alors élus, désigneront à la majorité le nouveau chef du gouvernement, qui est traditionnel le leader du parti majoritaire.

Deux personnalités se détachent pour occuper la résidence du Kantei, le Matignon nippon. D’un côté Yoshihiko Noda, actuel Premier ministre et leader du Parti démocrate du Japon (PDJ), plutôt centre gauche. De l’autre, Shinzo Abe, Premier ministre pendant 1 an en 2006 et leader du Parti Libéral-Démocrate (PLD), de droite. On pourrait traduire le slogan de ce dernier par « récupérer » ou « retrouver » : retrouver la croissance perdue, retrouver l’idée d’un Japon plus actif (agressif ?) sur le plan diplomatique. Une autre idée se profile derrière : récupérer un poste que son parti a perdu en 2009 !

 À droite toutes ?

Noda, lui, défend son bilan. Il n’est pas glorieux : le PIB nippon a légèrement chuté de 0,03 % au 3e trimestre de 2012. Cet été, il a aussi autorisé la reprise de l’activité d’une centrale nucléaire dans le Kanto (sud-est), provoquant de nouveaux remous au sein d’une population encore marquée par les évènements de Fukushima.

Ces éléments propulsent Shinzo Abe en favori logique de l’élection. Mais voilà, le poulain du PLD n’avait pas fait l’unanimité quand il fut au pouvoir : sa vision très libérale de l’économie ajoutée à ses quelques idées nationalistes, et à un charisme fantoche, font d’Abe un futur premier ministre « par défaut » aux yeux des Japonais interrogés. Un troisième parti pourrait alors jouer les trouble-fêtes : le Parti de la Restauration, très ancré à droite, dirigé par les populaires Toru Hashimoto, le jeune maire d’Osaka aux dents longues, et Shintaro Ishihara, 80 ans, ancien gouverneur de Tokyo. Ces deux-là sont connus pour leur franc-parler aux accents populistes et antichinois. S’il n’y a que très peu de chances de les voir s’emparer du poste suprême, ils pourraient obtenir un nombre de voix suffisant pour jouer un rôle décisif au moment des coalitions. Nul doute qu’un succès combiné du PLD et du Parti de la Restauration amorcerait un virage politique à droite toutes !