Les Indiens élisent leurs députés nationaux

Environ 16 millions électeurs, soit 43 %, ont répondu à l’appel aux urnes dans la région rurale et urbaine de Mumbai-Thane. Il faudra attendre le 16 mai pour connaître les résultats de ces 15ème législatives.

Le 30 avril, les électeurs de Mumbai se sont rendus aux urnes pour élire leurs députés à l’assemblée nationale indienne (Lok Sabha). Conformément à la loi, la campagne électorale de cette 15eme élection législative générale dans la région métropolitaine de Mumbai et ses environs s’est arrêtée deux jours auparavant. L’état de Maharashtra a donc ainsi retrouvé son calme : plus de grandes affiches ou des campagnes bruyantes politiques pour convaincre des électeurs. Les dates sont différentes selon les états.

Le jour d’élection, c’est un jour férié pour la majorité de la population, mais les commerces privés sont ouverts. Dès le matin des électeurs ont commencé à défiler seuls ou en petit groupe dans les bureaux de vote : couples, jeunes, vieux, hommes, femmes. Certains ont dû chercher leur nom dans la liste électorale, et parfois en vain. Dans un quartier paisible, assis sous l’ombre d’un arbre, deux partisans du parti politique régional Shiv Sena aident les électeurs à trouver leur nom sur la liste et leur carte de vote.

Thane, la ville de lacs à la périphérie de Mumbai, est majoritairement marathi. Le parti puissant Shiv Sena y règne depuis des décennies. Un agent immobilier déclare son choix pour ce parti safran(appelé ainsi en raison de son drapeau safran). « J’ai voté pour le Shiv Sena, un parti fort local qui nous protège de la population musulmane. Bien sûr, ils sont agressifs. Le mot sena signifie déjà l’armée. » « Moi, je voterais pour le parti du Congrès, s’exprime un petit entrepreneur en construction, Lokhwinder Singh, trentenaire. » « Nous sommes perplexes. La situation est comme cela. J’aime le candidat mais je déteste son parti Maharashtra Navnirman Sena (dissident du Shiv Sena), s’exclame M. Pansari en partant voter avec sa femme et son fils. »

La danse fracassante de la démocratie

Quelque 16 millions d’électeurs dans 10 conscriptions ont eu l’occasion ce jour-là de choisir leur MP (membre du parlement, les députés au parlement) dans la région Mumbai-Thane. Sur la scène électorale pour ces élections, deux partis nationaux se confrontent : le parti du Congrès et le BJP (Bhartiya Janata Dal, parti du peuple indien). Ces deux partis alternent au pouvoir en coalition avec les partis régionaux. Dans l’État de Maharashtra, dont la capitale est Mumbai, le parti du Congrès (centre gauche) compte sur son partenaire NCP (Nationaliste congrès parti, dissident du Congrès) alors que le BJP (nationaliste droite) s’aligne sur son allié historique Shiv Sena. Ce dernier joue sur les sentiments du peuple marathi, les habitants du Maharashtra. Le petit parti politique MNS (Maharashtra Navnirman Sena, formé à la suite d’une scission avec le Shiv Sena) penche pour le Parti du Congrès. Des partis politiques minoritaires dans cet État à l’image de BSP (Bahujan Samaj Party, le parti de la société intouchable), SP (Samajwadi Party, le parti des basses castes – other backward classes) jouent un rôle de rabat-joie pour les deux coalitions nationales, UPA (la United Progressive Alliance) et NDA (National Democratic Alliance). Les coalitions sont bâties en fonction de l’idéologie de partis nationaux et régionaux. Le parti du Congrès est de la tendance laïque tandis que son grand rival, le BJP est d’inspiration hindouiste et nationaliste. Ces alliances seront réalisées après le résultat de scrutin. Pour l’heure la situation reste complexe et indécise. L’UPA se compose majoritairement du Congrès, du NCP, du RJD (Rashtrya Janata Dal, le parti national du peuple). Les deux partis communistes d’Inde, le CPM, le parti communiste Marxiste et le CP, le parti communiste, appuient l’UPA. Dans l’autre coalition NDA se retrouvent le BJP, le Shiv Sena au Maharashtra et des petits partis régionaux sur l’ensemble de territoire indien.

Pour ce 15eme scrutin, les préoccupations des Indiens ne sont pas les sujets brûlants comme la crise financière, la sécurité nationale, la lutte contre le terrorisme, mais les tracasseries quotidiennes. La région Mumbai-Thane s’étend des villages les plus ruraux aux quartiers riches de la mégalopole. Ainsi, les soucis des électeurs sont variables en fonction des intérêts locaux : de la sécurité à l’eau, à l’électricité, à l’infrastructure routière ou à l’aménagement mal planifié…

Des bookmakers parient en faveur du premier ministre Manmohan Singh. Autrement dit, le maintient de l’UPA, coalition du parti du Congrès et du NCP au pouvoir actuellement à Delhi. Mais, il faut attendre le résultat le 16 mai La grande démocratie entame son dernier round électoral.