Les grottes d’Elephanta : un mastodonte sur le point d’être vaincu par le temps

Classée patrimoine mondial par l’UNESCO, les grottes d’Elephanta se trouvent sur une île près de Mumbai. Des milliers d’indiens et d’étrangers les visitent chaque année. Pèlerinage ou lieu touristique ? TYPO redécouvre le temple de Shiva et fait le point en compagnie de l’historien M. Gaikwad, professeur a l’Université de Mumbai.

Pénétrer dans la demeure de Shiva se mérite : le touriste ou le fidèle doit tt d’abord se frayer un chemin dans la circulation infernale et l’étouffante pollution du Sud de Mumbai jusqu’à atteindre la Porte de l’Inde, sésame vers l’île d’Elephanta. Ensuite surviennent les longues palabres avec les rabatteurs pour le choix d’une embarcation plus ou moins rutilante qui pour 100 roupies (soit un peu moins de deux euros) emmènent les touristes en croisière sous la chaleur accablante, au cœur du « smog » bombayite cernant la ville jusqu’au large des eaux peu engageantes qui entoure la baie.
Au bout d’une heure, le bateau atteint son point de chute : le contraste avec l’agitation de Mumbai rend l’île immédiatement attrayante. 1000 marches et deux billetteries plus loin, le fidèle touriste pénètre enfin dans les grottes.

La mémoire d’une Inde lointaine.

La grotte-temple toute sculptée à la main laisse deviner dans les ténèbres d’immenses statues ciselées à même la roche. Au centre, un autel dédié à Shiva sous sa forme de lingam (symbole de procréation), entouré de trois panneaux à chacun de trois côtés, retrace la vie légendaire de Shiva, Dieu populaire et tout-puissant dans le panthéon hindou.

Shiva : l’harmonie des trois visages

Shiva est vénéré ici sous sa forme toute-puissante, en tant que créateur, préservateur et destructeur, à lui seul une trinité semblable à celle des chrétiens. Il  maintient l’ordre de l’univers en maintenant le cycle inexorable de la vie et la mort. Cet équilibre est représenté par le « Maheshasmruti », un monumental panneau ou le Dieu présente ses trois facettes. L’historien français René Grousset le décrit comme « l’harmonie des trois visages de l’omniprésent,  puissant et équilibré, sans équivalent dans le monde entier ».

Mythes immortalisés en pierre

Les autres panneaux de la grotte racontent des événements glorifiant Shiva. Le massacre du démon Andhaka par exemple, où on voit Shiva, féroce et effrayant,  tuer le démon et, en même temps, ramasser chaque goutte de son sang afin d’éviter de donner naissance à un nouveau démon si cette goutte venait à rentrer en contact avec le sol. Ce triomphe du bien sur le mal est un concept que l’Hindouisme partage avec d’autres religions. Un peu plus loin, un autre panneau montre Shiva sous une représentation a la fois féminine et masculine qui symbolise l’égalité homme-femme.

Rencontre avec M. Gaikwad, professeur d’histoire indienne à l’Université de Mumbai.

Typo : Pouvez nous rappeler brièvement l’histoire de l’île ?
La grotte fût sculptée dès le sixième siècle pendant la règne des rois Maurya, une période de gloire et de richesse en Inde. Le travail fût entrepris par des  artisans sous le parrainage des rois mais aussi des négociants. Les Portugais découvrirent la grotte au dix-neuvième siècle et en retirèrent beaucoup de sculptures à cause de leurs attitudes iconoclastiques. L’île fût nommée Elephanta parce qu’un  éléphant gigantesque en pierre gardait l’entrée des grottes. L’éléphant était symbole de la puissance des rois et était vénéré par le peuple.
A cette époque-là, Shiva était vénéré comme la divinité suprême dans cette région au détriment  de Visnu et de Brahma ( NDLR : les deux autres dieux de la trinité hindous). La représentation de cette trinité sur l’ile d’Elephanta témoigne d’une réconciliation entre les groupes religieux hindous respectant ces trois Dieux.

Typo : Pourquoi avoir choisi un  lieu si isolé ?
Cette île était une escale pour tous les navigateurs et les négociants croisant dans les eaux autour de Mumbai. Il fallait donc un endroit où les fidèles puissent prier. Pour les sédentaires, un lieu de pèlerinage semé d’embûches symbolisait l’endurance et l’épreuve pour la croyance et enfin le salut.

Typo : quel avenir pour l’île ?
Ces grottes sont aujourd’hui protégées en tant que Site d’Héritage Mondiale par l’UNESCO. Deux siècles auparavant, les envahisseurs portugais ont abîmés les sculptures. Aujourd’hui, une nouvelle vague d’envahisseurs menacent le site. Trop nombreux sont les touristes qui considèrent cet endroit comme un lieu de détente : ils touchent, gravent et grimpent sur les sculptures, ce qui contribuent à leur détérioration accélerée. Le gouvernement fait des efforts et l ‘UNESCO verse des fonds. Pourtant c’est aussi la responsabilité de chacun de sauvegarder cet endroit historique dont l’importance et la splendeur est incontournable.