Les Bene Israël, plus ancienne communauté juive indienne : un exemple d’intégration

Emigrée d’Israël, naufragée sur la côte Ouest de l’Inde il y a 2000 ans, cette communauté juive s’est intégrée au peuple indien. Les Bene Israël résident dans la région de Thane, près de Bombay et considèrent aujourd’hui l’Inde comme leur patrie, tout en conservant leurs rituels religieux et leurs coutumes.

A droite : Abraham Gadkar, un juif au nom marathiAujourd’hui c’est jeudi, jour de prière pour les juifs indiens qui se retrouvent à la synagogue Shaar Hashamaim (« La porte du paradis ») de Thane, à environ 30 kilomètres au Nord de Mumbai. Le dôme et les murs blancs de ce bâtiment construit en 1879 sont décorés d’une étoile de David bleue, symbole de l’origine de la vie et de la pureté.

A la sortie de la synagogue, Abraham Gadkar, un juif Bene Israël [« Enfants d’Israël » en hébreu, groupe aussi appelé « Juifs de Bombay »] qui habite Thane, avoue n’être jamais allé en Israël. « Je ne suis pas un pratiquant très strict, mais pour moi la religion est comme une famille, je ne veux pas l’abandonner ». Si ses liens avec son pays d’origine sont très anciens, il pratique les rituels des Bene Israël.

Des rites conservés

Ezra Moses Mapgaovkar, responsable de la Synagogue de ThaneTrès jeunes, les enfants juifs de Thane apprennent les prières juives. Les jeunes filles et les jeunes garçons pratiquent la Bar Mitsvah (communion juive) quand ils atteignent leur majorité à 12 et 13 ans respectivement.« Nous prions trois fois par jour, explique Ezra Moses Mapgaovkar, secrétaire de la synagogue à titre honorifique depuis 30 ans. «  Nous célèbreront Hanukah, le jour de nouvel an, selon le calendrier juif. Nous croyons dans les 150 psaumes et trois rabbis s’occupent des cérémonies comme le mariage et la circoncision ». Il tient aussi à ce que les juifs du quartier puissent avoir de la viande et du poisson kacher chaque mercredi, vendredi et dimanche. « C’est une loi diététique suivi par des juifs partout dans le monde, donc c’est important ici aussi ». C’est ici, dans la synagogue de Thane, qu’Abraham Gadkar, ce retraité de 77 ans, a marié son fils et sa fille. « Je ne revendique pas ma religion tout le temps, mais ça fait parti de mon identité », explique le vieil homme.

Une double identité

Naomi Bharupkar, est de confession juive et se drape du sari traditionnel indienAbraham Gadkar, comme 1800 à 2000 Bene Israël, vit dans la région de Thane, selon la coutume indienne. Il parle Marathi, comme tous les habitants du Maharastra et non hébreux ou yiddish. « On est de confession juive, mais de culture indienne, avoue Naomi Bhorupkar, qui porte le sari indien, voilà des siècles que nous vivons à Thane au milieu des communautés indiennes ! »

Ezra Mapgaovkar, aime raconter l’histoire du peuple juif Bene Israël. «  Nos ancêtres, ont fuit Jérusalem par la mer il y a deux millénaires, avant la destruction du second temple du roi Salomon, aux mains des Romains. Naufragés sur la côte indienne, ils ont été sauvés par les pêcheurs indiens de la région de Konkan Naogaon, au sud-ouest de Mumbai ». Ils se seraient ensuite installés à Thane, où ils se sont peu à peu fondus dans la population locale, adoptant leur langue, leurs vêtements et leur nourriture. Certains sont devenus sculpteurs ou charpenL'autel. La Torah, le livre sacré juif est rangé dernière ce rideau. On ne le sort qu’à l’heure de la prièretier, mais ils sont surtout connus pour la vente d’huile de coco. « Grâce à leur conduite courageuse, les Bene Israël ont été recrutés comme Subhedars, officiers de haut niveau dans l’armée marathi aux XVIème et le XVIIème siècle », poursuit le responsable de la synagogue.

Le récent attentat contre les juifs de Bombay, le 26 novembre dernier à Nariman House dans le sud de la ville, a beaucoup attristé Ezra Moses Mapgaovkar. Un évènement trop dramatisé par les médias selon lui. « Ils ont mis l’accent sur l’identité des juifs en Inde et sur leur origine, alors qu’en réalité il y a un respect mutuel entre les Indiens et les juifs au quotidien, on ne ressent pas l’antisémitisme en Inde ». D’ailleurs, depuis les attentats du 11 septembre 2001, cette synagogue de Thane sert parfois de lieu de rencontre aux différentes communautés religieuses.