Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec : gueule de bois

  Adaptation fainéante et sans saveur de la BD de Tardi, Adèle Blanc-Sec nous prouve bel et bien que Besson n’en a rien à faire de ses projets.

Étrange rencontre que de voir Luc Besson, spécimen droitiste ultra-libéral adapter la bande-dessinée de Tardi, sorte d’anarchiste déjanté et bougon. Le premier maitrise sa communication, paraît omniprésent, le second, plus discret, s’est surtout fait un nom dans le milieu par son talent. Adèle Blanc-sec, femme résolument moderne du début du XXème siècle, est une sorte de Tintin parisienne, aux aventures à la Indianna Jones. Du grand spectacle, des personnages calibrés, parfait pour Sieur Besson qui s’est jeté la tête la première. Alors comment expliquer le bide retentissent. Et bien peut-être déjà parce que Besson, largement surestimé, ne peut prétendre au statut de grand réalisateur. On pourra toujours me rétorquer que Léon, Le Grand Bleu ou Nikita étaient de bonnes facture et ça serait vrai, mais sans commune mesure avec des pointures aussi différentes qu’un Salvadori ou qu’un Burton.

Les aventures extraordinaire d’Adèle Blanc-Sec, de Luc Besson, avec Louise Bourgoin, Gilles Lellouche, Mathieu Amalric (Fra., 1h47, 2010)

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article-adele-blanc-sec.jpg[Note:0] On commence par subir une ignoble présentation, grossièrement pompée sur l’introduction d’Amélie Poulain. Ah ça Jeunet, il l’aime bien Luc. Surtout pour le piller maladroitement. On peut reprocher mille choses au cinéaste du filtre jaune mais surement pas celle de chercher à créer des univers cohérents, imaginatifs et d’y distiller une multitude de petites fantaisies. Chez Besson, l’utilisation initiale de la voix off ne plante pas vraiment le décors, elle l’étrique : « Pour bien comprendre Adèle Blanc sec » nous explique t-on un moment. Car il faut guider le spectateur. Là où Jeunet fait confiance à son univers, Besson sent les failles. Pressé de nature, il expédie le problème en posant un bête fil narratif. Et puis, cette voix off agace, quand celle de Dussollier diffusait son charme espiègle.

article-adele-blanc-sec-2.jpgVient ensuite une très lourde copie d’Indianna Jones. Pas grand chose à dire hormis que la consternation point le bout de son nez. Heureusement, on rentre à Paris. Non pas que les choses s’améliorent, mais on s’occupe tant bien que mal en admirant la reconstitution de la capitale du début du siècle. Ce côté rétro devient presque bucolique quand on nous embarque à Montmartre, où des moutons paissent. Et puis, un gros Ptérodactyle se trimballe allégrement. On passera sur des effets spéciaux en régression depuis le 5e élément pour ne retenir que l’ennui mortel que procure cette intrigue de résurrection de dinosaure et de momie. On sent le potentiel établie par Tardi, mais on ne voit que le bâclage de Besson. On se demande s’il a encore de la passion. Il enchaine les projets sans grand entrain, cadenasse la presse pour éviter d’éventuelles critiques négatives avant la sortie. La machine est bien huilée. Trop bien huilée.

article-adele-blanc-sec-3.jpgAdèle Blanc-Sec ressemble à un cadeau du réalisateur fait à l’ex-Miss Météo Louise Bourgoin. Elle qui cherche à devenir actrice se donne beaucoup de mal. Pas terrible dans la Fille de Monaco d’Anne Fontaine, plus à l’aise pour Blanc comme Neige, elle démontre qu’elle doit encore beaucoup apprendre avant de mériter le statut de comédienne. Non pas que le personnage ne lui colle pas, mais on aurait plus vu Sylvie Testud ou Zabou Breitman (comme il était question il fut un temps). La belle bretonne ne parvient jamais à offrir ce grain de folie nécessaire, à dynamiser ce qui se veut pourtant comme un divertissement. Et ce ne sont pas les seconds rôles, tous fades et crétins, qui changeront les choses. Un Mathieu Amalric obligé d’exagérer ses grimaces, un Jean-Paul Rouve qui a du faire jouer son fantôme à l’écran et un Gilles Lellouche passable en le flic crétin. Rien de bien réjouissant. Pourtant, le film évite quelques passages obligés (le combat final, l’éternel retour des méchants, le sauvetage du plus second des rôles) et n’hésite pas la cruauté. Pas suffisant tant cette cuvée Besson manque d’arôme. Un sorte de mauvaise vinasse qui vous colle une de ces gueules de bois le lendemain.

Les aventures extraordinaire d’Adèle Blanc-Sec, de Luc Besson, avec Louise Bourgoin, Gilles Lellouche, Mathieu Amalric (Fra., 1h47, 2010)

 

La bande-annonce d’Adèle Blanc-sec ci-dessous :