Le trépas dansant***

Passé l’artificialité des interviews et de la 3D, Pina puise dans sa quête initiatique post-motem une grâce diffuse. Une semi-réussite, plombé par l’hommage respectueux.

Wenders voulait Pina Bausch et la 3D. Il n’aura que la technologie. A peine le tournage entamé que la célèbre chorégraphe rend son dernier souffle. Hommage d’une troupe esseulée, le projet de Wenders se construit sous forme épique. Celle de danseurs dévoués corps et âme à leur maitre. La bonne idée du film consiste à déplacer les éléments dansés avec le monde. Joué sur le mode des saisons qui passent, la première danse initie un cycle à la quête peu visible : se reconstruire seul, que faire de l’enseignement de la grande dame.

[note:3] Pina 3D, de Wim Wenders, avec Pina Bausch, Regina Advento, Malou Airoudo (Fra. All., 1h43, 2011)

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[note:3] L’hagiographie plombe le propos. Des portraits face caméra surplombe la voix off de l’admiration totale de ces danseurs. Les mouvements deviennent trop souvent mortifères dès lors qu’ils sont hors de la scène (ce qui se limite à ces regards face caméra agrémentés de mouvements de têtes ou de rictus sur un fond moche pour photos de classe). Ils entrecoupent des scènes de danses bien plus passionnantes. Wenders sait s’effacer pour le bien de son documentaire. La 3D l’oblige à jouer avec la profondeur de champ. Un artifice franchement gadget tant la 2D aurait créé un même mystère, une intensité aussi forte. La vraie bonne idée du réalisateur des Ailes du Désir vient peut-être de jouer avec les éléments.

Pina Bausch aimait les roches, l’eau et l’intégration du corps dans celui-ci. Wenders ose (et c’est un mini-sacrilège pour certains) installer les danseurs au milieu de la ville ou au cœur d’une rivière. Le rite initiatique d’un apprentissage post-mortem s’exprime bien. Il faut que Pina s’efface en tant que personne pour que le film prenne le large. Il ressemble à ces quêtes un brin fantastique. Les corps s’enchainent, se déchainent, un hippopotame en carton est un esprit miyazakiste, un métro arien donne des accents de science-fiction à l’ensemble. Un hommage malade, trop respectueux empêche une sorte d’évocation de la liberté de la danse. Le regard bienveillant de la chorégraphe illustre paradoxalement tout l’abandon -touchant – d’hommes et de femmes dévoués, d’admirateurs-acteurs fouillant dans leurs songes et leurs souvenirs. Pina, sous-titré 3D pour mieux le vendre, pâtit de cette artificialité briseuse d’une poésie qui transparait tout de même.

Pina 3D, de Wim Wenders, avec Pina Bausch, Regina Advento, Malou Airoudo (Fra. All., 1h43, 2011)