Le silence du bourreau de François Bizot

François Bizot, membre de l’École française d’Extrêmes Orient, est fait prisonnier au Cambodge par les Khmers rouges, en 1971. Pendant 3 mois, au camp M13, il rencontre Douch qui deviendra l’un des plus grands tortionnaires du XXsiècle en tant que directeur du centre de détention et de torture S21 à Phnom Penh. À S21, une seule sortie après la torture et les aveux, la mort. Plus de 12 000 Khmers, des Khmers rouges aussi, des dirigeants de l’Angkar, l’organisation khmère rouge, subiront ce sort. À M13, François Bizot rencontre tous les jours, lors de son interrogatoire, Douch. Ce dernier convaincra Pol Pot, le numéro 1 des Khmers rouges, du fait que François Bizot n’est pas un agent de la CIA et qu’il faut donc le libérer. Il le sauvera donc de la mort. Entre les 2 hommes se crée une relation très particulière. François Bizot reste, après sa libération de M13, au Cambodge, où il poursuit ses études sur le bouddhisme et les textes sacrés… Au moment de la chute de Phnom Penh, le 17 avril 1975, il est désigné par les Khmers rouges comme l’interprète du Comité de sécurité militaire de la ville chargé des étrangers auprès des autorités françaises. Jusqu’au 6 mai, il est le témoin privilégié de cette capitale qui se vide, de façon forcée, de ses habitants. Retour à la campagne, qui fera jusqu’en janvier 1979, où le pays sera « libéré » par les voisins vietnamiens, 1,7 millions d’habitants, 1/3 de la population. Bizot revoit Douch emprisonné pour la première fois en 2003. Douch sera jugé en 2009 et condamné à 30 ans de prisons. François Bizot témoignera au procès.

François Bizot écrit en 2000 Le portail et en septembre 2011Le Silence du bourreau. Deux livres qui racontent les faits de ce génocide mais aussi une réflexion sur la nature humaine. Il expose la tragique interrogation qui est au centre de sa vie, comment reconnaître les crimes des bourreaux dans toute leur dimension sans mettre en cause l’homme lui-même ? Comment faire face à Douch sans nous regarder dans le miroir ?

Extrait de l’interview de Quentin Guillet, d’une durée de 2h, réalisé par Typo, le 11 janvier 2012 à Paris. L’intégralité écrite, paraîtra dans le Typo Extramuros consacré au Cambodge, 32 ans après le génocide en mars 2012.

Le 18 janvier sort au cinéma le film de Rithy Panh, Douch, le maître des forges de l’enfer, interview de Douch dans son centre de détention, un Douch cynique riant et sans remords. Rithy Pahn est aussi le réalisateur de S21 et auteur du livre L’élimination sorti le 12 janvier 2012.