Le sikhisme : à la fois intégré et délaissé

Isolée au septième étage d’un immeuble délabré, à l’abri de l’agitation de la ville, se cache une salle de prière sikh. Convivial et coloré, l’endroit ressemble plus à une réunion de famille qu’à un lieu sacré. Immersion dans l’ambiance pour comprendre cette religion.

« N’oubliez pas de vous laver les mains en arrivant et de retirer vos chaussures, nous rappelle un pratiquant. » Une fois le geste exécuté, il est possible de rentrer dans le lieu sacré. Ici, nous sommes bien loin de la froideur d’une église ou autre mosquée. Non, ici, des guirlandes colorent des ventilateurs toujours en activité, les gens se vêtissent de couvre-chefs chatoyants et des fleurs ornent l’autel d’offrandes.  Au centre de la grande salle, une estrade bariolée sert de bunker protecteur au Guru Granth Saheb, livre sacré sikh. Femmes d’un côté, hommes de l’autre, les fidèles s’agenouillent pour prier. Bienvenue dans une salle de prière sikh. Pour ajouter à la convivialité, un petit groupe de fidèles jouent un peu de musique en sorte d’intermèdes aux paroles sacrées offertes par le prêtre à l’assemblée.
Tous les visages sont concentrés, mais joyeux. Stade ultime de la rencontre, un repas en commun. Chaque personne le souhaitant amène un plat que tous vont partager, se délectant allégrement des mets. « Nous sommes tolérants, explique Kharak Singh, prêtre des lieux, et tout le monde peut entrer dans les temples. ». Entre l’hindouisme et l’islam, la foi sikh est une sorte de pot-pourri des deux autres, ne gardant que ce qu’il estime de meilleur de ces deux religions. Ils y prônent « l’égalité entre les hommes (et les femmes !), l’honneur de la personne et la tolérance », ajoute le prêtre. 

Les rites, qui commencent par le baptême, conduisent un vrai sikh à respecter la règle des « cinq k » : Kesh (cheveux et barbes non coupés), Kangh (un peigne pour avoir les cheveux toujours coiffés), Kara (bracelet d’acier, symbole d’austérité et de sobriété), Kach (pantalon ample) et Kirpan (port d’une dague recourbée). Il faut y ajouter le port du turban obligatoire. Les femmes ont moins de contraintes à ce niveau ; elles portent rarement le sari et lui préfèrent un habit nommé Salwar Kameez. Cette distinction physique n’empêche pas les sikhs d’être « bien intégrés à la société » si on en croit les fidèles. Pourtant, l’un d’eux avoue que « les lieux de prières ne sont pas assez nombreux comparés aux innombrables temples hindous. »

Les sikhs ne sont que cent mille à Mumbai et ne représentent pas plus de 2% de la population totale d’Inde. Ils sont originaires du Panjab, région du Nord Ouest de l’Inde. Ils connurent maints massacres, notamment lors des conflits d’après indépendance opposant à la base, originellement, musulmans et hindous. Pris entre deux feux, des milliers de sikhs périrent à cette période sombre. Souvent mal appréhendés, ils furent aussi la cible de révoltes à leur encontre lorsqu’un extrémiste sikh assassina Indira Gandhi en 1964. Cela fit suite à une série de tensions avec le gouvernement indien. Aujourd’hui, bien que celles-ci soient retombées, il existe encore des incidents.

Beaucoup plus accueillants que de nombreux responsables d’autres ordres religieux, les sikhs s’intègrent finalement discrètement à la jungle humaine qu’est Mumbai. Sereins et heureux, le partage de leur foi ne demande qu’à s’épanouir.