Le sari bandhini : tissu de la vie gujarati*.

L’art bandhini (tie et dye** en anglais) fait partie intégrale de la vie dans la région Kutch à  l’ouest de l’Inde. Chez les Gujaratis, partout, du sari de noces au vêtement funéraire en passant par les saris chatoyants pour les fêtes,  on ne peut pas se passer de cette étoffe bandhini.

Vendeur de saris bandhini, Nitesh Chheda, 30 ans, tient sa boutique dans la salle attenante de son appartement dans un lotissement du quartier Cotton Greens au sud de Bombay. Ici, assis sur le tapis il accueille ses clientes majoritairement gujarati. Ces dernières raffolent des saris rouge de noces encore ceux brodés et pailletés ou misent sur des couleurs vives : vert foncée, magenta, rose, noir ou encore aigue-marine. De plus, chez Chheda le tissu est de haute qualité, les dessins sont fins et traditionnels. Le jeune marchand les fait fabriquer à la main dans la vielle tradition de sa patrie natale.

 

Originaire du port de Mundra dans l’État de Gujarat, où son père tenait une petite boutique, Nitesh connaît bien cette étoffe artisanale. La pratique tie & dye a commencé aux confins du pays environ deux siècles auparavant. Aujourd’hui, presque 80 pour cent des communes font vivre cet art et fournissent ce tissu à leurs cousins urbains. « Presque 75% de femmes dans les petits villages œuvrent sur les saris pendant leur temps libre. Elles gagnent 1 500 – 3 500 roupies (22 à 50  euros) par mois comme de l’argent de poche. J’achète le tissu blanc, soit coton, soit en tissu léger, puis je choisis le dessin à faire. Chaque sari est « tie & dye » selon la commande des artisans. C’est un travail minutieux qui prend du temps. La confection de saris de noces peut durer jusqu’au 6 mois et coûter de 8 000 a 15 000 roupies, soit de 120 à 225 euros. La technique se passe de mère en fille », explique affable Nitesh, pendant que son bébé de deux ans est venue le voir et joue avec les tissus.

 

« Un sari bandhini se fait en trois étape par trois personnes. On fait un dessin. Puis commence la tache ardue du « tie & dye ». Selon le motif. On fait des nœuds (ties) dans le tissu pour le protéger pendant le processus de teinture. Ensuite, on teint le tissu. Cela se fait plusieurs fois selon le dessin. Jadis on utilisait les teintures naturelles, mais maintenant ce sont les colorants chimiques. »

 

Les plus beaux et délicates motifs sont dessinés sur les saris de mariage. « Ces dessins sont en fait une sorte de vœux aux mariées. Mais les Gujaratis portent également les saris bandhini pour la fête de Navratri (neuf nuits) en octobre, les huit jours de célébrations jain en août ou pour la crémaillère, poursuit gentiment Nitesh.»

 

Le sari « tie & dye » des noces joue un rôle très important dans la vie conjugale. « Autrefois, c’était interdit de porter le sari bandhini avant de mariage, s’exprime Bhavna Savla, Gujarati d’une quarantaine d’année, qui le porte au quotidien. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Mais nous tenons à d’autres coutumes : la mariée reçoit, le jour de son mariage, le sari somptueux style bandhini de son beau père. Si une Gujarâtî perd son mari, ce sari couvre le corps de son époux mort. En revanche, si elle trouve la morte avant de celle de son époux, c’est son vêtement funéraire. »

 

* Gujarati, personne qui est née ou qui habite le Gujerat, état du Nord-Ouest de l’Inde, dont la capitale est Gandhinagar, Le Gujurati est aussi la langue parlée au Gujerat.

 

** Tie : noeud et Dye : teinter donc teindre aux nœuds, pour bien comprendre voir le site québécois

 

http://ladivine.fortunecity.com/teinture/teintnoeud.htm