Le réveil douloureux des lendemains de terreur

Les Mumbaikars*, et bien d’autres ont suivi la libération des otages sur leur petit écran. L’heure est maintenant pour les citadins, les politiciens, les forces de l’ordre à la réflexion. Comment affronter efficacement la menace terroriste ? Et à qui la faute ?

La une du ToI le 30. Le Harbor Bar, la fenetre cassée duquel on peut voir dans des photos. C'est premier etageDès le début de cette horreur, le premier ministre Manmohan Singh a haussé le ton face à son voisin pakistanais. Le gouvernement a repris la rhétorique énoncée pendant l’attaque terroriste sur la chambre du Parlement en 2001. Les liens diplomatiques se sont encore refroidis. Quant au peuple indien, pas de doute, le coupable est le Pakistan, l’ennemi juré d’Inde. Ils ont, quelque part, raison : « Ajmal Amir Kasab, le seul terroriste arrêté, a avoué son entraînement au Pakistan par le groupe extrémiste clandestin pakistanais islamiste, Lashkar-e-Taiba (LeT) le mouvement armé de libération du Cachemire. Constituée à l’image d’Al-Qaeda, cette organisation terroriste est soutenue, dit-on, par des membres du ISI, service de renseignement pakistanais », selon le quotidien national Times of India (ToI).

Le terroriste arreté avoue son entrainement par un ancien millitaire pakistanaisFace à cette attaque mal gérée, le chef du parti du Congrès au pouvoir Sonia Gandhi, a demandé la démission du ministre de l’Intérieur Shivraj Patil. C’est fait. De plus, Manmohan Singh, le premier ministre indien, et son parti reprochent au chef de l’État du Maharashtra (celui de Bombay), Vilasrao Deshmkh de ne pas avoir pris rapidement ses responsabilités face à ces actes violents. Le chef du parti national de l’opposition BJP (Bharatya Janata Party, le parti nationaliste hindou), L. K. Advani, s’est rendu au Taj Mahal pendant la crise. Il a de nouveau fustigé l’inefficacité gouvernementale régionale et nationale face au terrorisme. Il semble que cela pourrait être la question importante durant l’élection nationale en mars 2009. Quant aux Indiens musulmans, les quotidiens en urdu, la langue des musulmans, ont appelé leurs lecteurs à protéger l’intégrité d’Inde et son pluralisme.

Le journal dénonce les ploliticiens et les fonctionnaires qui gaspillent de l'argentLe journal ToI du 30 novembre interpelle les politiciens dans son éditorial : « Vous n’avez rien appris des attentats à bombe du juillet 2006. Nous ne vous supportons plus. Qui est le responsable ici ? » Selon le même journal, « Le gouvernement régional a alloué au service de police régional 940 milliards de roupies (160 millions euros) dans les huit dernières années. L’argent a été gaspillé pour construire des bâtiments administratifs et des commissariats pour les forces de l’ordre, pour acheter des voitures. Rien pour bien équiper les policiers. »

Mais pour les Mumbaikars « C’est très peu, trop tard. » Ils ont regardé Hemant Karkare le chef de la brigade antiterroriste (BTA) vêtu d’un mince gilet pare-balles affronter les terroristes et mourir. Aux yeux du peuple, l’action gouvernementale antiterroriste est lente, insuffisante, mal coordonnée. Mais cette fois-ci, ils sont très en colère et ils se disent : « c’est assez. »

Ratan N Tata, président du « Indian Hotels Company » (Association des hôtels indiens) et propriétaire du palace Taj Mahal commente dans le quotidien ToI : « Nous ne devons pas laisser ces actes terroristes nous diviser. Ils doivent au contraire nous rendre plus forts et plus unis. »

*Habitants de Bombay