Le film franco-algérien fait salle comble !

yema affiche (Copier)Jeudi 19 septembre, à 19 h 30, diffusion du film Yema de Djamila Sahraoui au cinéma Axel de Chalon-sur-Saône. Une diffusion de l’association La Bobine en présence de Catherine Ruelle, journaliste à RFI et amie de la réalisatrice. Le film, en VOST, sorti au cinéma il y une dizaine d’années transmet un message d’espoir et de vie. Il a été projeté en sélection officielle au Festival de Venise 2012. Beaucoup d’émotions pour les 250 spectateurs présents, ravis de voir la réalisatrice-scénariste en actrice dans ce film.

 

 

Catherine Ruelle déclare : « Si Djamila aurait pu être présente ce soir, elle aurait pu voir que ce film pour lequel elle a passé autant de temps a attiré autant de personnes. yema 1 (Copier)Elle n’a pas pu venir, car elle est très souffrante. C’est elle la seule actrice dans le film, donc vous allez quand même passer la soirée avec. Je suis là en tant qu’amie. C’est un film qui parle d’espoir et de la vie, j’espère quand sortant de la salle vous aurez autant d’espoir ! ».

 

 

 

Une réalité profonde

yema 2 (Copier)En effet, le film a mis 10 ans pour être réalisé par manque de financement. Le tournage a été fait en 5 semaines avec très peu d’acteurs et très peu de dialogues. Le message est assez dur. Tourné en huit clos, le film se révèle rapidement être une tragédie mêlant jalousie, rivalité, deuil… dans une atmosphère étouffante, filmé d’une manière serrée dans une vallée.

L’histoire parle d’une mère (« Yema » en arabe algérien) paysanne Ouardia, vivant en Kalybie où la cinéaste a grandi. Elle revient dans sa maison pour enterrer son fils aîné Tarek, officier dans la vallée. Son deuxième fils, Ali, fait parti d’un maquis islamiste, et est peut-être à l’origine de la mort de son frère. Une ambiance de douleur s’installe sans empêcher Ouardia d’avancer et semer la vie… avec l’aide d’un jeune moudjahid, envoyé par Ali pour l’aider dans le travail de la terre. Relatant une époque sombre de l’Algérie, des années 1990 : la décennie noire où des mouvements terroristes islamiques s’opposaient à l’armée algérienne, le conflit familial renvoi à l’histoire du pays. Très peu de films ont été tournés sur cette époque. « Djamila a voulu apporter une analyse aux gens, une autre vision pour qu’on puisse y réfléchir. Le cinéma donne aussi de l’information, mais d’une autre manière que les médias » affirme Catherine Ruelle.

Le film évoque l’Algérie, les femmes en Algérie, les problèmes de la décennie noire. La langue parlée ainsi que les chants sont algériens, les costumes également, mais pas Berbères. Tout comme certains objets de décoration. Djamila a voulu montrer aux gens une Algérie unie. Le décor a été longuement travaillé, rien n’existait à part les murs de la maison.

Les spectateurs sont émus et le font savoir pendant le débat, suite à la diffusion du film. Des compliments envers la réalisatrice : « S’il y avait un prix à donner au film, ce serait celui de la pureté et de la justesse. Il y a quelque chose qui peut nous accompagner très très longtemps » ainsi que pour la journaliste : « Je tiens à vous remercier pour votre analyse et votre appropriation du film »…

Une salle remplie d’émotion

Catherine Ruelle, journaliste à RFI et amie de la réalisatrice
Catherine Ruelle, journaliste à RFI et amie de la réalisatrice

À la question « Comment sont choisis les comédiens ? », Catherine Ruelle répond : « Elle a beaucoup cherché une actrice en Algérie. Elle n’avait pas trouvé ce qu’elle

voulait : soit trop botoxée, trop belle…Le montage étant tellement long, elle s’est trouvée coincée puis elle s’est rendue compte que le personnage c’était elle, beaucoup de détails sont inspirés de sa propre enfance. Elle a donc essayé. Elle n’était pas sûre d’elle et était même paniquée au début, mais elle a su s’entourer d’une équipe formidable qui s’est bien occupée d’elle ».

À la question « Comment a été accueilli le film en Algérie ? », la journaliste répond : « Il n’est pas beaucoup passé dans les cinémas, plus dans des festivals. Dans les années 70, l’Algérie était connue pour son cinéma, ensuite les cinémas ont été bombardés par les extrémistes et commencent tout juste à se reconstruire. Il n’y a que 15 salles de cinéma actuellement en Algérie. Contrairement à ce que l’on peut penser, en Algérie, les gens parlent, il n’y a pas de censure de la parole. Là où le film est passé, il a été bien reçu ».

Rachid, spectateur confie : « Pour moi, c’est difficile de parler de l’Algérie. J’ai connu cette période difficile pendant les premières années de la décennie noire en tant que journaliste algérien. J’ai vécu un an dans les sous-sols du journal, par peur d’être tué. Si tous les Algériens voient ce film, ils pourraient faire une thérapie. Ma thérapie commence par ce film ce soir, maintenant je peux oser y retourner ».

« Est-ce que la femme est mieux considérée en Algérie de nos jours », demande une spectatrice. Catherine Ruelle répond : « Non pas forcément. C’est notre situation à nous, dans les années 1960. Il y a des femmes qui sont comme vous et moi, ça dépend des familles, des quartiers, de beaucoup de choses ».

Djamila vit en France depuis de nombreuses années. Sa famille est restée en Algérie. Elle vit entre les 2 pays et consacre ses reportages et films à l’Algérie, son cœur est là-bas.