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Le dur labeur du menuisier

Plus de 40 menuisiers exercent leurs talents à Diapaga, et Vocoma Patiende est l’un d’entre eux. Fort d’un parcours original, d’une riche expérience et d’une grande détermination, il n’est cependant pas reconnu par l’Etat, ce qu’il vit comme une injustice.

P1310562 (Copier)Vocoma est connu de tous à Diapaga. C’est en 1992 qu’il fabrique son premier objet en bois : un cendrier. Passionné par le bois, il décide alors de se former pendant quatre ans. Tables, bancs, tabourets, coffres pour les maisons des paysans, mais aussi portes plafonds dans les établissements scolaires, étagères de la bibliothèque municipale de Diapaga, ainsi que 70 fosses de fumiers pour des cultivateurs : Vocoma touche à tous les domaines. En 2000, la délégation de l’environnement le sollicite pour construire trois miradors et des pirogues dans le parc W. Il a également déposé l’insigne en argent, à l’entrée du parc. Une grande fierté pour lui. « Je sais que ce que j’ai fait, c’est pour ma nation, pour les étrangers, pour mon pays, je suis fier de cela » confie-t-il.

Des conditions de travail difficiles

Certains menuisiers sont spécialisés dans la fabrication de meubles, d’autres restaurent les bâtiments (plafond, coffrage). Vocoma peut faire les deux. Mais le métier est difficile. « J’ai beaucoup de demandes. Certaines fois, je dois même déléguer à des collègues… Le problème est que nous manquons de matériel. Nous n’avons pas de scierie ici, seulement pour les chevrons, le reste est importé. Le matériel nous revient cher, ce qui se ressent dans nos tarifs, car nous devons tout faire localement ». Le bois ordinairerement utilisé est le pété, importé de Côte d’Ivoire.

Et puis, le métier n’est que peu reconnu. Seuls les menuisiers titulaires d’un diplôme d’Etat (BEPC, certificat) peuvent se mettre à leur compte. Les autres, comme Vocoma, bien qu’ayant été formés, ne peuvent officialiser leur activité. Vocoma effectue de nombreux travaux, non reconnus, où personne ne se souvient de son nom. Plus grave encore, parfois son travail n’est pas rémunéré. Non déclaré, l’artisan n’a alors aucun recours. Il avoue : « Pour les travaux dans le parc, je suis triste, car personne ne sait que c’est moi qui ai réalisé les miradors. Je voulais que les gens puissent reconnaître mes compétences… mais ça n’a pas été le cas ».