Le centre juif de Bombay subit l’attaque des terroristes

Pendant trois jours du 26 au 28 novembre dernier, les dix terroristes pakistanais n’ont pas seulement pris d’assaut et en otage les hôtels Taj Mahal Palace et Trident-Oberoi ils se sont aussi attaqués au Nariman House, le centre religieux juif de Bombay. Les voisins du centre se sont retrouvés dans une zone de guerre. Aujourd’hui, la paix est revenue, mais les résidants restent effrayés…

Le Nariman House vu d'une terrasse en face
Le Nariman House vu d’une terrasse en face

Le 26 novembre 2008, vers 21 h 30, deux terroristes se sont dirigés de l’artère principale du quartier commerçant Colaba tout droit vers leur cible le Nariman House, centre spirituel du mouvement religieux juif Chabad Lubavitch. Pour y aller, ils se sont glissés dans un dédale de ruelles du quartier populaire Colaba Market où on risque de s’égarer même pendant la journée. En y arrivant, les deux terroristes ont lancé des grenades, endommageant une station-service. Ils ont tiré avec leurs fusils AK-47. Pendant 48 heures ils ont pris en otage le directeur Gavriel Holtzberg, sa femme Rivka Holtzberg et d’autres juifs du centre. 9 personnes y ont trouvé la mort dont le couple Holtzberg, un membre d’un commando d’élite et les deux terroristes. On déplore aussi la mort ou les blessures de plusieurs Indiens touchés dans la rue ou dans leur demeure.

Aujourd’hui, l’entrée du Norman House est gravement endommagée, les fenêtres sont dépourvues de vitres, les embrasures déformées tombent de temps en temps dans la ruelle sous les yeux des policiers de garde. Autour des trous de balle, partout, sur les immeubles, sur les maisonnettes, sur un mur peint d’une campagne de Pepsi… À 20 mètres de là, dans une ruelle pavée, le silence est pesant. Un jeune de 21 ans est mort, deux sont encore à l’hôpital JJ. Des habitants, des voisins racontent leur calvaire…

Des habitants, des voisins racontent leur calvaire…

Ravi Kanojia, un petit commerçant de 40 ans, se rappelle : « Le 26 vers 21 h 30 nous avons entendu une grande explosion et nous nous sommes alors éloignés. Nous nous sommes alors arrêtés ici dans cette ruelle pour savoir ce qui se passait. Soudain, nous avons été criblés de balles. Du doigt, il indique la seule fenêtre visible d’ici en haut du Nariman House. De là, les terroristes ont tiré sur nous dans cette ruelle mal éclairée la nuit. Harish Gohil, 21 ans, habitant cette rue est mort d’une balle dans le poumon. Un autre jeune a été blessé par une balle dans la cuisse. J’ai eu peur. J’ai pris la fuite vers l’artère principale en me cachant derrière les murs. Nous étions très effrayés. Nous avons attendu un mot de réconfort, d’explication des autorités. Mais rien.

Nariman House où se trouve le Chabad HouseDeux heures plus tard huit policiers sont venus près de Nariman House avec leur matraque. À cette heure-là, la police s’occupait d’au moins quatre lieux attaqués par les terroristes à prés de 1 à 2 kilomètres d’ici. Vers deux heures du matin, les commandos de la Marine sont intervenus. La police a annoncé une opération antiterroriste et a demandé aux citadins de quitter leur demeure. Les autres commandos d’élite sont arrivés vers le matin. » Il continue dans une voix triste : « Des gens ont été hébergés par leurs amis, leurs proches. Moi, je suis resté dans la rue comme beaucoup d’autres pendant les trois jours. Des bénévoles nous ont apporté de la nourriture. Mais, je n’ai pas pu dormir. L’opération sauvetage était en cours : des explosions de grenades, des tirs de deux côtés. » La rue grouillait de commandos d’élite, de la navale, de l’armée, de la police. « Nous avons pu regarder de loin lorsque les commandos descendaient en rappel de l’hélicoptère sur le toit du Nariman House pour l’ultime assaut, lors de l’opération baptisée Black Tornado », poursuit-il.

Pendant le match de cricket Inde-Angleterre

Entrée du Nariman après l’assaut de la policeRajan Babu Sunnap cinquantenaire dans son uniforme blanc d’assistant médical raconte : « Le 26 vers 21 h 25, au moment où beaucoup d’Indiens suivaient le match du cricket Inde – Angleterre, mon frère Ashok de 54 ans a été blessé par un éclat d’obus de grenade dans la poitrine. Il a subi une intervention chirurgicale. À l’hôpital JJ, huit jeunes de 25 à 35 ans de ce quartier se rétablissent. »

L’atmosphère dans le quartier semble presque normale, mais les habitants sont marqués par la terreur et par la tragédie de cet événement meurtrier. « Nous nous sentons encore terrorisés. Cette attaque, je ne l’oublierai jamais. J’ai souvent des cauchemars, et je me réveille », s’exprime Ravi en se dirigeant vers sa boutique.