Le bonheur est dans le ciel

L’eau n’est pas l’élément de tous les marins. Certains d’entre eux sont davantage dans les airs que sur mer. Entrée dans le cockpit des pilotes de l’aéronavale.

« Apponter sur le Charles-de-Gaulle ? Les Américains nous prennent pour des fous ! Leurs porte-avions sont beaucoup plus grands que le nôtre. » Olivier Diard, premier maître du CIRFA (Centre d’informations et de recrutement des Forces armées), n’a pas tort : avec environ 2 000 personnes et 30 avions à bord, notre porte-avions national a peu en commun avec les monstres américains disposant de 5 000 membres d’équipage et 100 avions. Qu’à cela ne tienne, les postulants au métier de pilote de l’aéronavale sont toujours aussi nombreux. Ceux-ci ont deux possibilités pour concrétiser leur rêve : l’École Navale, estimée pour sa difficulté d’accession, par concours après une Maths Spé, et le recrutement de l’Élève Officier Pilote de l’Aéronautique Navale (EOPAN). La sélection pour ce dernier est également très dure : après une présélection (tests psychologiques, épreuves d’anglais, sportives, entretiens…) et une sélection en vol à Lanvéoc-Poulmic, sur plus de 220 candidats annuels, seuls une trentaine de « rescapés » sont sélectionnés, tous dotés d’une acuité visuelle de dix dixièmes (10/10).

« Allô, Tango Charlie ? »

Nicolas Maure, pilote à Landivisiau, sur son RafaleUne part importante de la formation se déroule aux États-Unis. Une aubaine pour les élèves pilotes, dans ce métier où la maîtrise de l’anglais est primordiale. « Nous sommes très souvent amenés à parler anglais, même lors de briefings entre pilotes français », confirme Nicolas Maure, pilote à la base de Landivisiau. « Mais c’est surtout parce que les Américains ont des avions banalisés biplaces et nous non, pour des raisons économiques, que nous partons nous former aux ‘States’ » justifie-t-il. Après quelque 150 heures de vol au pays de l’Oncle Sam, les jeunes hommes (la limite d’âge pour l’entrée à l’EOPAN est de 23 ans) sont estampillés pilotes français. Une à trois heures de vol par jour vont maintenant bercer leur quotidien. Quelques vols plus tard, « nécessaires pour se réhabituer avec les règles françaises de vol », selon Nicolas Maure, les voilà prêts à utiliser un avion et son système d’armement et à partir en mission, à bord des avions de chasse Rafale ou Super Étendard. « On est positionnés sur l’un des deux suivant les besoins, témoigne Nicolas Maure. Mais c’est vrai que l’on préfère le Rafale. Il est plus confortable et rapide : sa vitesse de pointe est de Mach 1,6. » Soit 30 kilomètres/minute ! D’ailleurs, d’ici à l’horizon 2015, le Super Étendard devrait complètement disparaître pour laisser définitivement la place au Rafale. La nouvelle génération de Dassault Aviation est capable de tirer des missiles antinavires Exocet AM39, logés chacune sous  ses ailes.

L’appontage plus dur que l’atterrissage

Sous contrat avec la Marine pour une durée maximale de 20 ans, le pilote issu de l’EOPAN est ensuite obligé, avec l’aide de l’administration militaire, de se reconvertir dans le civil (contrairement à celui issu de l’École Navale). La majorité des ex-pilotes se retrouvent dans l’aviation civile ou des entreprises aéronautiques, mais d’autres laissent complètement tomber l’aviation. « Je connais un ancien collègue qui est maintenant installateur de piscine », confirme Nicolas Maure. Une carrière plus longue aurait été possible dans l’armée de l’Air. Alors vient la question qui taraude : pourquoi la Marine ? « Il y a plus de rigueur pour les pilotes de l’aéronavale. On est à fond tout le temps. L’appontage est plus dur que l’atterrissage. C’est usant, mais génial ! », opine Nicolas Maure, qui se verra apponter sur le Charles de Gaulle en juin prochain. Une nouvelle tête brûlée aux yeux des Américains…