La terreur s’empare des Mumbaikars

Du 26 au 29 novembre, la capitale économique de l’Inde, mégapole de 20 millions d’habitants, a connu 4 jours d’horreur. Des terroristes, venus du Pakistan, ont semé panique et mort dans la ville. En s’attaquant en particulier à deux célèbres hôtels de luxe, c’est tout un symbole de puissance et de vitalité qui était visé. Pour les habitants, traumatisés, la peur règne sur la ville.

Les forces d'urgence devant le Taj Mahal Palace
Les forces d’urgence devant le Taj Mahal Palace

Les Mumbaikars ont déjà vécu récemment des désastres comme l’attentat à la bombe de juillet 2006 où six gares ont été touchées sur la ligne ouest, les inondations meurtrières de juillet 2005, les attentats en série de 1993 où la Bourse et l’aéroport national avaient notamment été touchés. Des centaines de personnes avaient trouvé la mort. Les habitants ont toujours repris la vie sans ciller. Mais, ces terroristes qui sont entrés Bombay par la mer, ont circulé dans les rues de Bombay en tirant avec leur AK-47 sur des gens innocents, ont fait régner la terreur dans la plus grande gare Chhatrapati Shivaji terminus (CST), dans l’hôpital Cama, dans le café Leopold et dans deux prestigieux hôtels de luxe qui donne sur la mer, Taj Mahal Palace and Tower, patrimoine mondial et Oberoi-Trident. Cela a marqué et fragilisé les mumbaikars à jamais…

 

Le 29 novembre en pleine après-midi, le site près de l’hôtel l’Oberoi-Trident grouille de médias, de policiers. Des Indiens attendent avec anxiété ici et là des nouvelles de leur proche. Des badauds circulent partout. Puis un cri de joie. L’opération sauvetage est terminée. Trente-deux personnes sont mortes dont deux terroristes. Les survivants étrangers et indiens, femmes et hommes, jeunes et moins jeunes, en jeans et T-shirt ou costume-cravate ont mis du temps à sortir. Tous semblent tellement fatigués… Après quelque coup de fil, tous partent avec leurs amis, leurs proches. Mais une jeune Indienne cherche toujours son père…

 

A gauche en haut. Les salle endommagéesLe 30 novembre vers midi, après deux contrôles, on peut s’approcher de l’hôtel Taj Mahal Palace and Tower. Il se dresse majestueusement, même si des traces noires d’incendie, des vitres cassées montrent l’intensité du combat. Ici, la tension est palpable. Les fourgons de police, les corbillards, les ambulances, les pompes à incendie, les sapeurs-pompiers, les policiers spécialisés. Les commandos, National security guards, sont en train de sécuriser l’hôtel. Cela se fait minutieusement salle par salle, 540 salles en total. Tous les regards sont fixés vers le Taj. Soudain, tout le monde, médias compris doit reculer de deux cents mètres. Les commandos ont trouvé des grenades dégoupillées. Puis, cinq grandes explosions à intervalles à l’initiative des sapeurs pompiers retentissent. Au bout d’un temps, les commandos sortent de l’hôtel et vont vers les bus qui les attendent. Cette fois-ci l’opération sauvetage, dénommée Cyclone, est vraiment terminée.

Pendant les trois jours, la panique règne

Sur le célèbre Marine drive qui longe la mer et mène à l’hôtel Oberoi-Trident, les gardiens d’immeubles ont fermé leur portail et restent en alerte au lieu de dormir comme d’habitude. « Qu’est-ce qui se passe à Bombay. C’est effrayant. L’hôtel Taj est prestigieux. Rien n’est plus sûr dans ce monde », dit Hezal Kamate, 25 ans, employé. « Tout peut arriver. Hier, la promenade Marine drive était déserte. En rentrant chez moi, j’avais peur, car le compartiment des femmes du train était presque vide. Aujourd’hui, dans le bus 121 seulement une personne ! Je suis inquiète pour mes proches et inversement », raconte Akshata Savantkar, 27 ans.

La Force d'urgence
La Force d’urgence

 

En ce matin du 28 novembre, Manali Vedpathak de Thane, la ville à quarante kilomètres de Bombay, étudiante de 22 ans s’exprime : « Cette violence est gratuite. C’est une attaque contre l’humanité. Ils tuent des gens innocents. Qu’est qu’ils vont gagner ? Trois officiers de police ont déjà été tués par les balles de terroristes. » « Mais je sens encore en sécurité dans ma ville », ajoute-t-elle. Sita Ram, 35 ans, chauffeur de taxi : « Hier, je me suis senti terrorisé. Je suis resté chez moi. Dans l’après-midi je me suis promené un peu, les rues d’habitude grouillantes étaient vides. Mais, aujourd’hui, il faut que je travaille pour gagner de l’argent. » « Tout a changé. On ne peut plus se balader tard la nuit comme avant », poursuit-il.

Une petite rumeur et tout se vide

Le 28 novembre vers 13h une petite rumeur court : des tirs de balles à CST, à l’hôpital GT et dans les lieux avoisinants. Cela a été démenti un peu plus tard, mais à l’heure de pointe quand la circulation est infernale, les chemins et les trottoirs vers CST sont noirs de monde, et là il n’avait que deux ou trois taxis sur la route de CST et quelques groupes d’homme sur le trottoir. Un chauffeur de taxi exprime son affolement : « La panique m’a saisi. J’ai tout de suite garé le taxi. Puis, je n’ai repris le travail que vers 15h. »

 

Un Chauffeur de taxi  de la compagnie Gafoor d’une cinquantaine année à la longue barbe raconte : « Je n’ai pas cessé de travailler. On s’habitue aux événements tragiques à Bombay. Moi, j’ai perdu six amis dans l’attaque à la gare CST. »

Continuer à vivre, c’est l’esprit de Mumbai, mais, cette fois, il semble que l’esprit se meure…

Une petite histoire de l’hôtel Taj Mahal Palace

Jamshetji Tata, fondateur de l’empire Tata, avait une immense fierté et une passion pour sa ville natale. Pour lui, ce n’était pas une aventure d’un investissement financier, c’était son cadeau pour Bombay. Il voulait y attirer le monde entier. Il a veillé minutieusement à la construction de cet hôtel au bord de la mer. En voyageant à l’étranger, il a choisi son ameublement. L’hôtel a été inauguré le 16 décembre 1903 (cinq mois plus tard, il était mort). Pendant les vingt années qui ont suivi, il était visible lorsqu’on arrivait par la mer. Aujourd’hui, c’est Gateway of India qui a été construit en face en 1924. La liste de ses célèbres clients est longue : l’auteur Sommerset Maugham, Duke Ellington, Lord Mountbatten, des Maharajas, des princes…Aujourd’hui ce sont les chefs d’État, les grands industriels, les jet-setters, les personnalités du sport qui font escale dans cet hôtel de luxe et concluent des contrats aux montant faramineux.