La Roumanie, un nouveau pays agricole pour l’Europe.

Trois mois avant leur entrée dans l’Union Européenne, les agriculteurs roumains font face à de graves problèmes structurels. Représentant 43% de la population nationale, les ruraux sont une population vieillissante et pas toujours consciente des réalités communautaires qui remplaceront, demain, les souvenirs soviétiques.

« L’Union Européenne ? Oui c’est très bien, on va se moderniser, ils vont nous aider à développer l’agriculture et notre niveau de vie va progresser » déclare Stefan Ghita, agriculteur de 73 ans de Salvati Copii, petit village le long d’une route récemment bitumée, à un peu plus d’une heure de la capitale. Il vit seul avec sa femme en élevant de la volaille et en cultivant son potager. Son voisin, de trois ans son cadet, fait aussi de l’agriculture de subsistance. Quand on lui parle de l’entrée de son pays dans l’UE, il répond : « C’est la loi, on ne discute pas avec ça ». Puis de rajouter « Mais c’est bien, avec les pays développés on va s’améliorer ». L’homme possède 5 hectares, selon le recensement de la mairie. « Ils ont pris des photos par hélicoptère pour faire un cadastre. Quelqu’un de la ville est passé chez moi. Le gouvernement veut racheter un de mes terrains pour faire une usine » explique-t-il pendant qu’un chaton noir se fourre entre ses pieds. 

Un secteur atomisé peu productif

Le secteur emploie 38% de la population, pourtant il ne contribue qu’à 13% du PIB. Christophe Manson, chargé du secteur agricole à la Mission économique, est pessimiste. « La situation est très difficile. Il y a un manque d’organisation, de financement et de volonté politique. C’est un secteur qui ne rapporte pas facilement de l’argent et actuellement les nouvelles fortunes roumaines n’aiment pas les investissements à long terme. » En 2006, le secteur agroalimentaire a eut un déficit d’un milliard d’euros. Les prix des denrées posent également problème. Par exemple, Stefan se déplace à cheval pour aller vendre son blé et son maïs, mais il peine à se le faire acheter à un prix raisonnable. « J’ai investit sept millions de lei (environ 2,3 millions d’euros) pour faire du tournesol et on me l’a acheté quatre millions ! ». Il s’en sort avec sa retraite d’ouvrier de 100 euros.

De l’autarcie au marché libre, un problème générationnel ?

L’Association des Fermiers de Roumanie explique ces différents problèmes par l’ignorance des anciens : « Le mécanisme de la Politique Agricole Commune (PAC) est très difficile à comprendre. Encore maintenant, les agriculteurs demandent tous de l’argent, ils croient que c’est l’Etat qui décide administrativement des prix. » L’association a décidé d’organiser des séminaires dans différentes régions du pays en y invitant des spécialistes roumains ou étrangers qui expliquent l’UE aux agriculteurs.
Pour les jeunes générations, l’adaptation au nouveau système se fait plus facilement. Alexandra Harabor est collégienne à l’établissement professionnel agricole Cuza Foscani, où l’intégration de son pays à l’UE est au programme et peut être un sujet au baccalauréat. Elle imagine sa carrière d’agricultrice difficile au début, mais espère qu’elle s’améliorera grâce au développement de relations économiques avec l’Europe. Sa camarade, Melle Ichim, 17 ans, espère que les jeunes ne seront plus obligés de partir à l’étranger pour avoir une vie décente. « On va développer le secteur privé, il y aura alors plus de travail, surtout pour les jeunes ».
Dans un marché européen qui souffre déjà de surproduction, on peut espérer que la Roumanie saura rapidement se moderniser tout en conservant sa spécificité. Certains parlent de développer le secteur bio, non pas pour le marché local -qui se désintéresse de ce genre de produit- mais à destination des pays nordiques. Ici, il est encore temps de choisir entre une production de masse et une production propre.